Droits de l’Homme

Publié le par Congo Indépendant

Intervenant mercredi 19 août à la conférence nationale sur les droits de l’Homme qui se tient du 18 au 21 août à Kinshasa, le ministre congolais de Droits humains, Upio Kakura, a affirmé sans rire avoir noté un «progrès considérable» de l’état des «Droits de l’homme» et de «l’Etat de droit» en RD Congo. Plus flagorneur, on meurt! L’assistance attendra en vain que ce membre du gouvernement définisse ces deux concepts. Histoire de vérifier si l’on parlait du même pays et surtout si l’intervenant et l’auditoire avaient la même compréhension de ces termes. L’assistance attendra également en vain que «Son excellence» énumère des cas concrets à l’appui de sa thèse. Rien.

En janvier 2001, au lendemain de l’accession de Joseph Kabila à la magistrature suprême, le Congo-Kinshasa avait élaboré un plan national dit de «promotion et de protection des droits de l’homme» ainsi que la «Charte congolaise des droits de l’homme et des peuples». Un plan manifestement destiné à la «consommation extérieure». La réunion qui se tient dans la capitale congolaise a notamment pour but essentiel d’évaluer le chemin parcouru dans l’application des recommandations formulées il y a huit ans.

Le ministre Upio a manifestement voulu couper l’herbe sous les pieds des «évaluateurs» en déclarant : «Depuis 2001 la situation s’est améliorée sur l’ensemble du territoire national notamment avec la création d’une entité de décision sur les droits de l’homme, l’adoption au Parlement d’une loi sur la création de la Commission nationale de droit de l’homme ainsi que des multiples actions du gouvernement à lutter contre l’impunité, la corruption, les violences sexuelles à travers de récente réforme initiées dans différents secteurs». Upio est sans doute un «malvoyant politique» qui confond un catalogue de bonnes intentions avec des actions concrètes et quantifiables, menées sur le terrain pour promouvoir le respect de la vie et de la dignité de la personne humaine lesquels constituent le fondement de la paix, de la justice et de la liberté.

Les gouvernants congolais ont la fâcheuse réputation de croire en leurs propres mensonges. Upio Kakura ne fait pas exception. La représentante spéciale adjointe du secrétaire général des Nations Unies au Congo, Leila Zerrougui, n’a pas dit autre chose en relevant dans son intervention «que l’espoir exprimé il y a huit ans par de nombreux citoyens et acteurs sociaux» ne s’est pas matérialisé. Cette vérité vraie fait peur aux thuriféraires qui gravitent autour du «raïs». Pour eux, tout va bien. La RD Congo est à la limite devenue un paradis pour les droits et libertés.

Peut-on parler de «progrès considérable» en matière des droits l’Homme dans un Etat où il n’y a point de liberté (la liberté d’aller et venir, la liberté de manifester publiquement et pacifiquement ses opinions, la liberté d’information etc.) ? Peut-on parler de «progrès considérable» sur l’Etat de droit de la part d’un pays qui viole consciemment ses propres lois (l’injonction donnée à la Cour suprême de Justice par le chef de l’Etat, les nominations et révocations des magistrats au mépris de l’avis du Conseil supérieur de la magistrature et en méconnaissance du respect de droits de la défense) et les conventions internationales (refus d’extrader Bosco Ntaganda sous prétexte de privilégier la paix) ; qui pratique la torture (viol, sodomie, traitements dégradants etc.) dans les cachots gérés par les forces dites de sécurité relevant de la Présidence de la République ; qui a institutionnalisé l’inégalité de chances en privilégiant les ressortissants de certaines ethnies ou provinces ? Que dire de la répression systématique des manifestations organisées, selon le prescrit de la loi, par les formations politiques n’appartenant pas à la mouvance présidentielle? Que dire enfin de massacres des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo et de plusieurs centaines de personnes tuées lors des affrontements de mars 2007 entre la garde prétorienne de Kabila et les militaires aattachés à la sécurité rapprochée du leader du MLC?

Joseph Kabila et ses sbires doivent avoir le courage de regarder la réalité en face pour constater que huit années après la conférence sur le droit de l’Homme, la RD Congo est devenue une jungle où les puissants du moment se livrent au quotidien à leur jeu favori consistant à écraser les plus faibles. L’Etat, c’est eux.

Joseph Kabila et ses affidés doivent avoir également le courage de constater que la RD Congo est devenue un Etat sauvage.

Il faut être un parfait naïf pour escompter la moindre embellie en matière des droits de l’homme autant que de l’Etat de droit aussi longtemps que le Congo-Kinshasa sera dirigé par une racaille.

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