Grève des médecins : encore des morts à compter

Publié le par le potentiel

Les blouses blanches ont rangé leurs bistouris dans les tiroirs. Une situation préoccupante qui risque d’entraîner un grand malaise social tant il est vrai que, comme les précédentes fois que le personnel médical est allé en grève, il y a eu des morts de trop. Cette fois, il y aura encore des morts à compter.

Depuis hier lundi 31 août, les médecins sont allés en grève. Situation prévisible dans la mesure où ils avaient lancé leur préavis de grève et déposé leur cahier des charges. Mais aucune solution satisfaisante n’a été prise, ce qui justifie leur décision de ranger leurs bistouris dans les tiroirs.

Ils justifient leur attitude par le non respect de la part du gouvernement de ses engagements. Ils exigent entre autres le paiement de leur barème « spécifique », tel que convenu avec l’autorité gouvernementale. Faute de quoi, le mouvement risque d’être radicalisé à partir de lundi 7 septembre, c’est-à-dire dans exactement six jours. Question certainement de laisser au gouvernement une marge de manœuvres afin de rejoindre leurs préoccupations. Ce qui explique la rencontre d’hier lundi à l’Hôtel du gouvernement entre le Premier ministre, Adolphe Muzito, et la délégation syndicale des médecins.

Certes, lundi, c’est principalement l’Hôpital de référence de Kinshasa qui est touché. Selon le mot d’ordre du Comité exécutif provincial du Syndicat national des médecins de Kinshasa, Synamed, un mot d’ordre de grève a été observé. L’objectif est d’obtenir du gouvernement le respect de ses engagements, avions-nous dit, après la remise du cahier des charges des médecins des services publics transmis depuis le 12 août 2009 au gouvernement. Selon le Dr Mankoy Badjoki, il s’agit précisément du réajustement des salaires, de la prime et de l’amélioration de toutes les conditions de vie. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Un service minimum aux patients déjà hospitalisés est observé. Mais à partir du lundi 7 septembre, le syndicat des médecins va lancer une « Journée Hôpitaux sans médecins ». Toutes les salles d’urgence de l’Hôpital général de Kinshasa seront alors fermées. Le mouvement risque de toucher les hôpitaux des services publics de tout le pays. Ce qui s’annonce déjà dramatique au regard des conséquences qui peuvent en découler sur le plan de la santé des populations, des soins des malades, de la naissance des nouveaux-nés jusqu’à entraîner la mort. C’est pour dire qu’il y a risque de continuer à compter, dans les prochains jours, d’autres morts.

Les médecins saisissent cette opportunité pour « décliner » toute responsabilité dans la gestion de cas qui pourraient être admis en urgence à partir de la semaine prochaine. Seuls les médecins directeurs et les médecins chefs de service et/ou départements seront commis à la prise en charge des malades déjà hospitalisés. Et ce, en attendant leur éventuelle orientation vers les institutions sanitaires privées de leur choix. Il en est de même des malades stables. Les malades se trouvant en soins intensifs en réanimation devront être gardés jusqu’à la stabilisation de leur tableau clinique. Les médecins ont toutefois mis un bémol pour les banques de sang qui resteront fonctionnelles pour parer à toute urgence au bénéfice des malades hospitalisés. Mais point de service de consultations.

D’ailleurs, cette première journée a déjà fait des victimes. Ceux qui devraient subir des interventions chirurgicales ont été obligés de rebrousser chemin et rentrer chez eux avec tous les risques d’aggravation de la maladie. En plus, si dans les hôpitaux publics, les soins coûtent cher, rares sont les personnes qui disposent des moyens financiers conséquents pour s’offrir les services d’un médecin dans un centre hospitalier privé. La suite est facile à deviner : il y a aura des morts.

LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE INTERPELLE

La santé demeure un domaine moteur pour le développement d’un pays. Que les médecins aillent régulièrement en grève et que l’on continue à tourner autour du pot pour rencontrer leurs préoccupations est un comportement dangereux. Car il y va de la vie et de la santé des populations, au-delà du développement national.

Cette grève intervient au moment où le pays est menacé par la grippe porcine, la fièvre aviaire, le choléra et Ebola. Sans oublier bien sûr le Sida. Pousser les médecins à la démotivation conduirait à une catastrophe nationale.

En plus, il n’y a pas que les médecins qui sont passés à l’acte. Les enseignants menacent à leur tour de leur emboîter le pas. Reçus dernièrement par le ministre de l’EPSP, ils ont exigé le paiement de leurs salaires au plus tard le 31 août. C’est-à-dire, hier lundi, pour une rentrée scolaire pacifique. Ils réclament également l’uniformisation du barème salarial, la mécanisation des écoles démécaniées, le paiement uniforme des primes, la requalification des missions du Service de contrôle de la paie des enseignants, SECOPE. Des points qui doivent trouver des réponses au plus tard le 20 décembre 2009.

Santé et éducation, voilà deux secteurs qui devraient retenir l’attention soutenue du gouvernement, disons de toutes les institutions nationales. Dès lors que les choses traînent, que l’on privilégie la politique de saupoudrage alors qu’il faut aller au fond des choses pour des solutions durables, c’est le devenir de toute une nation qui est hypothéqué. Ensuite, comment comprendre que des situations connues à l’avance ne trouvent jamais de solutions jusqu’à ce qu’elles se détériorent, pourrissent pour donner l’impression de s’en occuper ?

Aussi, serait-il urgent et efficace que le président de la République, conformément à ses obligations constitutionnelles, prenne les dossiers en charge. Question de briser le cercle de quadrature. La paix sociale est à ce prix.

Commenter cet article