Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américaine aux Affaires étrangères,

Publié le par Fweley Diangitukwa

Pendant sa visite, Mme Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américaine aux Affaires étrangères, a

demandé aux Congolais de tourner la page du passé. Elle a dit : « Nous voulons travailler avec des

gens engagées pour un meilleur avenir et non avec des gens qui se réfèrent au passé ». Cette

phrase, qui a retenu l’attention de l’élite congolaise disséminée aux quatre coins du globe, mérite

d’être analysée et commentée, car elle est lourde de conséquences.

Malgré les 10 millions de Congolais qui périrent, sous la colonisation, dans les travaux forcés à

cause des richesses de leur pays, à l’indépendance, l’État colonial belge interdit aux Congolais de

se souvenir du passé. La Belgique demanda aux leaders congolais d’oublier le passé et de faire

comme si rien de répréhensible ne s’était produit au Congo. Mais têtu, Patrice Lumumba passa

outre cette recommandation : il évoqua les douleurs atroces, l’indifférence et l’humiliation dont

les Congolais furent victimes sous la colonisation belge. Son discours jeta l’huile sur le feu et ce

fut l’incident. Le roi Baudouin quitta Léopoldville sans plus participer au festin qui était prévu

pour marquer l’événement de l’indépendance. Pendant la Conférence nationale, le maréchal

Mobutu ferma les travaux lorsque les délégués décidèrent d’ouvrir les dossiers sur les assassinats

et les biens mal acquis. Le pouvoir de Mobutu contraignit le peuple au silence et à ignorer son

passé. Après la chute du régime tyrannique de Mobutu, Laurent-Désiré Kabila vint avec sa

« révolution-pardon ». La page de l’histoire congolaise resta fermée et aucune sanction ne fut

prise contre les dinosaures qui s’étaient enrichis aux dépens du peuple pendant trente-deux ans de

dictature.

Malgré le plus de six millions de Congolais morts dans la guerre à l’Est de la République entre

1995 et 2009 à cause des richesses minérales de leur pays, le président rwandais, Paul Kagame, qui

a sûrement été approché par les membres de son réseau proche du pouvoir à Washington, a

demandé aux Congolais à Goma, le 06 août 2009, d’oublier le passé et de se tourner vers l’avenir.

Curieusement, usant du même langage que Paul Kagame quelques jours auparavant, Mme Hillary

Clinton, Secrétaire d’État américaine aux Affaires étrangères, a demandé aux Congolais, à

Kinshasa, le lundi 10 août 2009, de tourner la page du passé. Quand on sait que la guerre

d’agression contre le Zaïre (devenu la RD Congo) a commencé sous l’administration de Bill

Clinton, – le mari de Hillary Clinton – cela fait réfléchir. A chaque époque, on a toujours

demandé aux Congolais d’être amnésiques. Mais pour quelle raison les Américains n’ont-ils

jamais tourné la page de l’attaque contre les deux tours de New York le 11 septembre 2001 ; pour

quelle raison se sont-ils vengés en menant une guerre atroce contre le terrorisme en Afghanistan

et en Irak ; pour quelle raison les Français n’ont pas tourné pendant longtemps la page contre

l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne nazie ; pour quelle raison les juifs d’Israël n’ontils

jamais tourné la page de la Shoa ; pour quelle raison les pays de l’Europe occidentale

continuent-ils d’évoquer les affres des deux guerres mondiales ; pour quelle raison, en Europe,

continue-t-on de poursuivre et de condamner les Nazis qui ont commis des crimes contre

l’humanité ; pour quelle raison le régime de Paul Kagame n’a jamais tourné la page du génocide ;

pour quelle raison, diantre, les Congolais doivent-ils oublier les pillages de leurs ressources

naturelles et leurs six millions de morts ? Ne s’agit-il pas là d’une injustice inacceptable de la part

du président Kagame et de Mme Hillary Clinton mais aussi de la politique américaine au Congo ?

Pour quelle raison, les Congolais doivent-ils, à tout prix, devenir amnésiques pour pouvoir

coopérer avec les États-Unis ? Voilà en quoi réside le complot contre la RD Congo. La

communauté internationale souhaite trouver au Congo un peuple docile, malléable qui ignore son

passé. Or, il est de notoriété publique qu’un peuple qui n’a pas de mémoire est un peuple sans

avenir dans la mesure où un tel peule éprouve beaucoup de peine à se développer.

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On ne demande jamais à un blessé dont la plaie est encore ouverte d’oublier qu’il a une plaie

qui saigne. Un tel individu mérite d’être convenablement soigné. Le peuple congolais, qui est dans

un état similaire, mérite d’être « soigné » en punissant les auteurs des crimes commis sur le

territoire national et en réparant les torts aux niveaux des familles de victimes et de l’Etat. Il sera

ensuite possible de demander à ce même peuple d’oublier le passé et de se mettre à construire

l’avenir avec l’ennemi ou les ennemis d’hier, comme la France l’a fait avec l’Allemagne. Une telle

démarche n’est pas possible dans le présent. C’est même insensé et inimaginable, car la blessure

est encore béante, bien vive.

Les ressources minérales de la RDC sont si importantes et si stratégiques que les grandes

puissances et les firmes transnationales rechignent à laisser la gestion du patrimoine congolais

entre les mains des Congolais. Pour cette raison, elles préfèrent recoloniser la RD Congo en

recourant à différentes stratégies obscures ; pour cette raison, elles préfèrent que la RD Congo

soit dirigée par des hommes soumis, voire incompétents. Pour cette raison aussi, elles

entretiennent la guerre à l’Est du Congo. Pour cette raison également il n’y a jamais eu un

universitaire à la tête de l’État congolais. Seuls les soumis, les incompétents, les voyous et les

criminels sont soutenus et propulsés par les États occidentaux.

L’actualité du Congo est toujours tragique et l’impunité y règne comme jamais auparavant.

C’est dans l’économie de la prédation, qui a toujours été au centre de la gestion étatique, qu’il faut

trouver l’explication de la pauvreté des Congolais. Cette prédation s’explique dans le cadre plus

global des économies périphériques qui ont été désarticulées, excentrées et prolétarisées pour le

plus grand bénéfice des pays du centre.

Dans son allocution, Mme Hillary Clinton n’a pas condamné un seul instant l’agression

perpétrée par le Rwanda contre le Congo. Pouvait-elle seulement reconnaître publiquement que

le président rwandais, Paul Kagame, était soutenu dans sa destruction diabolique du Congo par

son mari Bill Clinton ; pouvait-elle reconnaître publiquement que le président ougandais, Yoweri

Museveni, a été soutenu dans sa folie meurtrière au Congo par le Premier ministre britannique,

Tony Blair ?

Peuple congolais, à présent, tu n’as plus le droit de fonder ton espoir sur les puissances

étrangères, tu es seul devant ton destin. Il t’appartient de te libérer de la gueule du loup qui te

dévore progressivement. N’attends le remède de personne. N’attends pas que les Etats-Unis, la

Grande-Bretagne, la France ou encore la Belgique viennent te libérer de tes agresseurs et des

pilleurs de tes ressources naturelles. C’est ton devoir et ton obligation de garantir ta souveraineté,

de défendre ton territoire. Ce n’est pas une responsabilité de la MONUC ni de l’Union Africaine.

Désormais, tu dois apprendre à assumer seul ton indépendance, à te libérer du joug de ton

bourreau afin que tes vaillants soldats cessent d’adresser un salut solennel à notre caporal devenu,

par le jeu de la violence, général des corps d’armée, afin que les universitaires congolais cessent de

rédiger des documents soumis à la signature de celui qui n’a pas le niveau de leurs étudiants en

licence.

Peuple congolais, ne fonde aucun espoir sur les élections de 2011 que Joseph Kabange

(devenu Joseph Kabila comme par enchantement) et les siens vont truquer. Lorsque tu crieras

aux fraudes comme en 2006, il sera trop tard. Une peine perdue ! Déjà, le pouvoir repart avec

l’enrôlement des électeurs au lieu de recenser la population congolaise. Déjà, Joseph Kabange

(Kabila) nomme les magistrats et les fonctionnaires de l’Administration publique qui couvriront

ses malversations électorales. Déjà, il prépare les citoyens de l’Est à leur faire encore croire des

balivernes du genre « c’es moi l’artisan de la paix » ou « c’est grâce à moi que la paix est revenue à

l’Est du Congo ». Pour cette raison, Kabila a préféré recevoir Mme Hillary Clinton à Goma

plutôt qu’à Kinshasa. Déjà, il s’appuie sur la lutte contre la corruption en limogeant les magistrats

accusés de corruption alors que c’est lui qui organise et tolère la corruption dans notre pays.

Peuple congolais, balise dès aujourd’hui les chemins de ta libération. N’attends pas 2011. Ne

sois pas amnésique ou dupe comme te le demandent le président Kagame et Mme Hillary Clinton

ou comme le souhaite Joseph Kabange dans son fort intérieur.

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