"A Muanda (Bas-Congo), à Kinshasa… Mort des détenus aux cachots"

Publié le par KAYEMBE LUKENGU

C’est un véritable "S.O.S" que l’association de défense des droits humains "La Voix des Sans Voix" (VSV) lance sur les conditions carcérales dans les prisons et cachots de la RD Congo. Des lieux carcéraux devenus des véritables "abattoirs" où les prévenus en surnombre périssent d’étouffement ou de maladies souvent curables. Ces lieux carcéraux échappent au contrôle tant judiciaire que démocratique au motif que ceux qui en ont la charge reçoivent leurs instructions de la "haute hiérarchie". Un terme fourre-tout sous couvert duquel des actes criminels sont commis en toute impunité au nom de Joseph Kabila. ANR-Gombe, Kin-Mazière, Camp Tshatshi, Camp Lufungula, Camp Kibomango, Kin-Mazière, Camp Kokolo, prison centrale de Makala, restent plus que jamais des véritables zones de non-droit. Certains prévenus y sont "gardés" pendant plusieurs mois voire une année et plus sans le moindre dossier judiciaire et sans qu’ils aient été présentés devant un magistrat instructeur. La VSV a enquêté non seulement dans la capitale mais aussi en province. L’association interpelle les gouvernants : " Le non respect par le gouvernement de la RD Congo des standards minima internationaux en matière de détention est une des causes principales de la multiplication de cas de décès en prisons et autres lieux de détention, notamment, de la police, lesquels échappent, en réalité, au contrôle judiciaire et administratif rigoureux."

Rédaction C.I.C

Ci-après le texte intégral du communiqué N°001/RDC/VSV/CD/2010 de la VSV :


La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) ne cesse d’en appeler à l’humanisation urgente des conditions de détention en RD Congo par la mise en œuvre des réformes pénitentiaires recommandées par le Forum National
(les Assises pénitentiaires de Kinshasa) organisé du 17 au 21 juillet 2007 par le ministère de la Justice avec l’appui de la Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC) et l’Union Européenne (UE).

Le non respect par le gouvernement de la RD Congo des standards minima internationaux en matière de détention est une des causes principales de la multiplication de cas de décès en prisons et autres lieux de détention, notamment, de la police, lesquels échappent, en réalité, au contrôle judiciaire et administratif rigoureux.

Dans le territoire de Muanda, province du Bas-Congo, l’amigo de la police, bien indexé depuis des années, vient de connaître deux décès successifs des détenus les 27 et 28 décembre 2009 de suite de surnombre suite au non respect du délai légal de détention préventive, d’absence d’aération, de toilettes, de restauration, de soins médicaux…

Faute d’installations sanitaires, les détenus font leurs besoins dans un vieux seau métallique, non couvert, jamais désinfecté, laissant ainsi dégager des odeurs nauséabondes, des asticots et des microbes, y compris les IST (Infections Sexuellement Transmissibles). Ainsi, l’amigo de la police ne manque des détenus malades.

Monsieur Ezéchiel Kenawa, arrêté le 17 novembre 2009 pour vol simple est décédé à l’amigo, à cause de l’étouffement, au moment où le magistrat instructeur Tshungu Delphin serait en congé à Kinshasa, sans avoir clôturé le dossier. M. Tshungu Delphin serait réputé notoirement pour son traitement non objectif des dossiers des détenus.

Monsieur Louis Vangu Vemba, 28 ans, arrêté le 24 décembre 2009 par l’inspecteur judiciaire Ludjubur pour abus de confiance, coups et blessures volontaires est décédé le 28 décembre 2009 à la maison de détention de la police.
M. Ludjubur aurait refusé de le présenter devant le ministère public dans le délai légal de 48 heures.

Malgré sa capacité d’accueil de sept (7) à huit (8) personnes, la cellule de détention de la police, située près du bâtiment de l’Administration du Territoire, en hébergerait présentement trente (30) au moins.

L’équation se complique davantage avec l’arrêt du projet de construction d’un amigo moderne répondant aux conditions humaines de détention grâce au financement, en 2008, de la Division des Droits de l’Homme de la MONUC.

A Kinshasa, la prévarication de l’Etat RDCongolais est bien établie dans le drame survenu dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 novembre 2009 lors du décès massif d’au moins sept (7) détenus au cachot de la police du camp Lufungula de suite d’étouffement.

Il est à noter que quatre (4) des victimes sont mortes après coma dans le cachot, tandis que de quatre (4) autres évacuées à l’Hôpital général de Kinshasa
(ex Mama Yemo) pour des soins médicaux, une seule a survécu, monsieur Mongali.

Cette tragédie a été banalisée tant par les autorités de la police que politiques du pays qui cherchaient à faire passer la version de tentative d’évasion à la suite d’une interruption du courant électrique.

Mais, selon les témoignages des rescapés et des membres de famille des victimes (dont monsieur Jean-Marie Kinkangala, domicilié dans la commune de Lingwala et la mère de la victime de M. Tati Buleri, résidant au camp Kokolo), ce sont les mauvaises conditions de détention qui ont occasionné ce drame, notamment, le surpeuplement du cachot mesurant 7m sur 3m, où plus d’une centaine de personnes ont été confinées, consécutivement à une rafle de la police dans la nuit du 25 au 26 novembre 2009 et écrouées sans aucun Procès-Verbal d’audition.

Colonel Célestin Kanyama, commandant de la police du district de Lukunga est largement cité comme principal instigateur et responsable du surpeuplement dudit cachot.

Il sied de relever le décès en détention d’autres prévenus après leur enlèvement suivi de leur détention prolongée au secret dans des cachots des services de sécurité civile et militaire échappant au contrôle des cours et tribunaux avant d’échouer au Centre Pénitentiaire et de Rééducation (CPRK, ex Prison Centrale de Makala). C’est le cas, notamment des lieutenant Makambo Molenge Franco décédé le 28 janvier 2009, sous-lieutenant Akolomoko Washa Hongo décédé en octobre 2008, etc.

Sur un autre registre, la VSV proteste vivement contre l’existence d’un cachot souterrain au camp militaire Tshatshi dans la commune de Ngaliema, à Kinshasa.
Les informations parvenues à la VSV sur ce lieu de détention au secret font état de la précarité de la vie et des conditions inhumaines, à cause de l’insuffisance prononcée d’aération et de l’obscurité délibérément entretenue ainsi que de la famine par manque de l’alimentation.

Ce cachot constitue de l’avis des rescapés un véritable couloir de la mort.
A Mbuji-Mayi, province du Kasaï Oriental, la Prison centrale de Mbuji-Mayi a enregistré 19 cas de décès parmi les pensionnaires en 2008 et au premier trimestre 2009. Depuis avril de la même année, le nombre de décès dans ce milieu carcéral oscille entre 1 et 3 morts par mois. Dans cette institution pénitentiaire, une quarantaine de prisonniers présenteraient des signes de malnutrition inquiétante qui rappellent les détenus «squelettes humaines» que la VSV était choquée de découvrir dans cet établissement en 2003.

Des échos en provenance de la Prison Centrale de Mbandaka font état de la contamination d’environ une vingtaine des prisonniers en 2009 qui présenteraient des Infections Sexuellement Transmissibles (IST). Selon des sources médicales sur place, les prisonniers se livreraient à une forte activité sexuelle non protégée.

Eu égard aux conséquences néfastes pour la vie des détenus qui ne demeurent pas moins des sujets de droit en tant que personne humaine, la VSV recommande au :

v Président de la République de :

- s’impliquer personnellement pour la fermeture effective du cachot souterrain du camp Tshatshi avec du béton et l’humanisation des conditions de détention au cachot souterrain de la Direction Générale de la Police des Parquets ou à défaut en construire un autre bien aéré et entretenu, mais non souterrain.

v Président du Sénat de:

- s’impliquer également personnellement en vue d’obtenir de la part du gouvernement, la fermeture effective du cachot souterrain du camp Tshatshi et autres lieux de détention ne répondant pas aux normes minima de détention des Nations Unies.

v Gouvernement RDCongolais et Ministre de la justice en particulier de :

- veiller scrupuleusement au respect des normes minima de détention des Nations Unies ;

- humaniser les conditions de détention dans les lieux ne répondant pas aux principes sus-voqués des Nations Unies ;
- ouvrir des enquêtes et poursuites judiciaires et sanctions pénales et administratives à l’endroit des personnes impliquées dans la mort des détenus dans des cachots à travers le pays.

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