Appuyée par l’ONU, l’armée congolaise viole et tue

Publié le par KAYEMBE LUKENGU

HRW publie un rapport accablant sur l’aggravation de la situation humanitaire dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu depuis que l’armée congolaise s’est lancée, en janvier, à l’assaut des rebelles hutus du FDLR. L’opération, dont l’échec est avéré et dont les civils sont les premières victimes, est menée depuis le printemps avec le soutien logistique de la Monuc, la force de maintien de la paix des Nations unies en RDC

Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps - Mille quatre cents civils assassinés entre janvier et septembre 2009, pour la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées ; 7500 cas de violences sexuelles et 900 000 personnes contraintes à la fuite. L’organisation Human Rights Watch (HRW) a décrit minutieusement lundi dans un rapport, le tribut effroyable payé par les civils aux opérations militaires en cours depuis janvier dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) pour juguler les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Cette milice, qui compte en son sein d’anciens meneurs du génocide rwandais, sévit depuis quinze ans dans les provinces du Nord et Sud-Kivu.

« Le pire endroit au monde »

Pour l’ONG américaine, dans cette région poudrière, déjà réputée comme « le pire endroit au monde pour une femme ou un enfant », « la situation s’est encore détériorée ». Ce constat est d’autant plus accablant qu’il met en cause le rôle de la Monuc, la force de maintien de la paix de l’ONU en RDC, « devenue partenaire de l’armée congolaise dans [ces] opérations militaires », en lui apportant depuis le printemps un soutien logistique « substantiel », sans avoir mis « en place des mesures suffisantes de protections des civils », ce qui figure au cœur de sa mission. Dans un rapport dévoilé fin novembre, un groupe d’experts de l’ONU sur la RDC avait lui-même évoqué l’aggravation de la crise humanitaire dans le Kivu, non pas tant en raison des combats que des abus perpétrés aussi bien par le FDLR que l’armée congolaise, ainsi que l’échec de l’offensive visant à neutraliser les rebelles hutus, dont on sait qu’ils continuent de recruter activement.

HRW va plus loin, en accusant des commandants FDLR et des officiers de l’armée congolaise « d’exactions équivalent à des crimes de guerre et peut-être même à des crimes contre l’humanité ». Or, rappelle l’ONG, en appuyant l’armée congolaise, la Monuc est passée outre aux conseils du Bureau juridique des Nations unies. Selon des documents récemment révélés par le New York Times, celui-ci avait recommandé à la Monuc de se tenir à l’écart des opérations, tant le risque d’une violation du droit humanitaire international par les troupes de Kinshasa apparaissait grand.

« On savait qu’il y aurait beaucoup de dommages collatéraux en jetant l’armée sur les FDLR, commente Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’IFRI. L’envoyer au combat avant qu’elle ne soit restructurée, redisciplinée et nettoyée de ses éléments criminels est dangereux et criminel. » Pour HRW, l’ONU, dont le Conseil de sécurité doit se prononcer cette semaine sur le renouvellement du mandat de la Monuc, doit « cesser immédiatement tout soutien » à l’opération, jusqu’à ce que soient définies des « conditions claires, mesurables et réalisables » de protection des populations civiles.

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