Des violences de l'armée congolaise jettent un doute sur le rôle de l'ONU

Publié le par KAYEMBE LUKENGU

Un million de déplacés sur les chemins, des villages perdus où des soldats, en toute impunité, se livrent à des séries d'abominations et de massacres dont le nombre de victimes atteint désormais plusieurs centaines. L'est de la République démocratique du Congo (RDC) n'est attaqué par personne, mais son armée, impliquée, avec le soutien des Nations unies, dans une opération théoriquement vertueuse contre des rebelles hutu rwandais, semble faire de ses propres concitoyens, notamment des femmes, des enfants et des vieillards, une de ses cibles prioritaires.

Dans les provinces du Kivu frontalières du Rwanda et du Burundi, l'opération Kimia II des forces gouvernementales congolaises, lancée avec plus de 50 000 hommes le 2 mars, est destinée à "désarmer par la force" les rebelles rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). La présence dans l'est congolais des FDLR a été, au cours de la dernière décennie, source de discorde entre le Congo et le Rwanda, les FDLR ambitionnant de revenir au Rwanda voisin les armes à la main, de préférence avec le soutien de Kinshasa. Les rebelles rwandais ont combattu sous uniforme congolais aux temps les plus durs de la guerre entre les deux pays (1998-2003). Parallèlement, Kigali tenait avec des rênes plus ou moins courtes une série de rébellions congolaises.

Depuis mars, suite à un retournement d'alliance, le Congo a décidé de s'attaquer aux FDLR pour les pousser à rendre les armes et bénéficier des programmes de démobilisation et de retour au Rwanda. En huit mois, plus d'un millier de combattants des FDLR se sont rendus. Plus de quinze mille civils rwandais sont retournés dans leur pays. Mais, parallèlement, les forces congolaises se livrent à des exactions d'ampleur. Pour le seul mois d'octobre, 70 civils ont été tués par leur propre armée.

Dans cet enfer, quelle est la part de responsabilité des Nations unies ? La mission de l'ONU au Congo - la Monuc - assure transport, ravitaillement en essence et rations pour l'armée congolaise, mais aussi un appui opérationnel de Kimia II. Après un massacre survenu dans le village de Lukweti, les Nations unies ont décidé de mettre fin au soutien logistique apporté à une unité congolaise, la 213e brigade, responsable de la mort "d'au moins 62 civils", selon Alain Le Roy, secrétaire général adjoint en charge des opérations de maintien de la paix aux Nations unies. Lukweti se trouve à proximité de Nyabiondo, où se situe une forte concentration de membres des FDLR.

L'ONG Human Rights Watch (HRW), qui a enquêté sur place en octobre, estime que dans la région de Nyabiondo, où "les soldats de l'ONU ont une base", une attaque de cinq hameaux, "dont un seul abritait des combattants rebelles", s'est traduite par la mort de 81 civils au moins. Les soldats congolais n'"ont fait aucune distinction entre combattants et civils ". Dans l'un des hameaux, selon HRW, "des soldats de l'armée congolaise ont décapité quatre jeunes hommes, leur ont coupé les bras, puis ont jeté leur tête et leurs membres. Les soldats ont ensuite violé seize femmes et jeunes filles, puis en ont tué quatre."

Ressources minières

Il y a un an, presque jour pour jour, les rebelles congolais du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), de Laurent Nkunda, massacraient quelque 150 personnes dans la ville de Kiwanja. Depuis, Laurent Nkunda, arrêté et placé en résidence surveillée au Rwanda, a été remplacé à la tête du CNDP par Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale (CPI). Parallèlement, le CNDP intégrait les forces congolaises, tout comme les rebelles du Pareco et les Maï maï.

Au Nord et au Sud-Kivu, l'opération Kimia II permet à certains de ses commandants de mettre la main sur des ressources minières et de se livrer à des violences. "D'anciennes unités du CNDP, tutsi pour la plupart, se sont attaquées à la population locale (de l'ethnie) hunde, les accusant de soutenir les FDLR, et les milices locales hundes, l'APCLS. Les Hunde, de leur côté, sont persuadés d'être victimes d'une campagne de nettoyage ethnique destinée à faire de la place pour les réfugiés tutsi dans cette région", note Jason Stearns, ex-coordonnateur du panel d'experts de l'ONU sur la RDC.

Une partie de l'intensité des violences en cours tient à la profonde division de l'armée congolaise, qui n'a pas réussi à intégrer une galaxie d'anciens rebelles et miliciens. Sous uniforme congolais, parfois soutenus par l'ONU, ces derniers sont en train de reconstituer leurs unités, qui pourraient déstabiliser le pays lors des élections de 2011.


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