Deuxième procès sur les crimes commis en Ituri

Publié le par RFI

Le procès de deux chefs de milices congolais, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo, s’est ouvert mardi 24 novembre devant la Cour pénale internationale à La Haye. Les deux hommes sont accusés de crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour le massacre commis dans le village de Bogoro, à l’Est de la République démocratique du Congo, le 24 février 2003.

 

De notre correspondante à La Haye,
 
A l’ouverture du procès intenté contre deux chefs de milice par la Cour pénale internationale, mardi 24 novembre, les parties civiles et les avocats de la défense ont reproché au procureur sa vision du conflit et de l’histoire qui agite l’Est de la république démocratique du Congo depuis plus de dix ans.

 

Dix ans de drame, deux guerres au cours desquelles près de 4 millions de personnes ont perdu la vie. C’est par ce rappel historique que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, a ouvert le procès intenté contre Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo. Les deux chefs de milice sont accusés de crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour meurtres, viols, esclavage sexuel, enrôlement d’enfants soldats et pillages commis lors du massacre de Bogoro, un village de l’Ituri, à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le 24 février 2003. Un seul massacre, une seule journée, a souligné l’un des avocats des parties civiles, maître Jean-Louis Gilissen. Malgré les déclarations du procureur, la faiblesse des charges portées contre les deux hommes continue de susciter de sévères critiques.
 
Un choix réducteur
 
« Bogoro, ville martyre, est entrée dans le répertoire de l’histoire des horreurs », a estimé l’avocat. « Au nom des victimes, je voudrais remercier le procureur pour l’importance de la tâche qu’il a assumé, a-t-il poursuivi, mais je ne peux pas m’empêcher de dire qu’ils regrettent que les charges ne portent que sur un seul massacre. C’est un choix réducteur, monsieur le procureur ». Une charge lourde contre Luis Moreno Ocampo pour lequel : « L’attaque de Bogoro est la conséquence des défaillances de la communauté internationale à prévenir les conséquences du génocide » au Rwanda. Dans la galerie du public, un journaliste exprime sa surprise. « La présence des génocidaires rwandais en RDC est un fait très éloigné des crimes commis en Ituri, dont beaucoup étaient motivés par la prédation », estime-t-il. L’est du Congo recèle coltan, cassérite et autres richesses, convoitises de nombreuses sociétés d’exploitation, et des Etats frontaliers, le Rwanda et l’Ouganda.
 
Un conflit réduit à sa seule dimension ethnique
 
Pour Jean-Louis Gilissen, les conséquences de cette stratégie pénale se lisent dans la déception des victimes. « L’ensemble des enfants comprend mal qu’aucun responsable ougandais ne comparaisse aujourd’hui. Cette immunité de fait est d’autant plus regrettable que l’absence de poursuites contre des responsables ougandais apparaît comme empêchant de tout savoir, de tout comprendre  ». L’Ouganda et le Rwanda sont accusés d’avoir soutenu, formé, armé et financé les milices dans l’est du Congo. Mais les accusations n’y font pas référence. L’avocat de Mathieu Ngudjolo s’étonne même que le « nom de Kinshasa » n’ai jamais été prononcé dans cette affaire. « Aucun membre de l’état-major opérationnel intégré n’a jamais été entendu à ce jour. Comment peut-on expliquer que le procureur n’ait pas entendu, ne serait-ce que comme témoin, les responsables de l’armée ? », interroge t-il encore. L’avocat nie l’intégralité des faits reprochés. Et reproche à l’accusation d’avoir réduit le conflit à sa seule dimension ethnique.
 
Rayer Bogoro de la carte
 
Les parties civiles ne souhaitent pas voir amoindrir, malgré leurs critiques, la responsabilité des deux hommes présents dans le box. Pour maître Gilissen, les enfants enrôlés dans les troupes des accusés « souffrent de douleurs, physiques, mentales, psychologiques, s’alourdissant d’un sentiment de culpabilité ». « Ils ont commis des exactions, ajoute-t-il. Ils ont agi sur ordre. Ils ont fait ce qu’on leur demandait de faire et ce n’est pas beau. Ils y pensent le jour, ils en rêvent la nuit. Le cauchemar, c’est quand ils dorment mais aussi quand ils sont réveillés. Ils sont accablés, miséreux, incapables de reprendre le cours d’une vie normale ». Pour le procureur, Eric MacDonald, les deux accusés ont voulu « rayer Bogoro de la carte » et ont agi de concert, à la tête de leurs milices respectives. De son côté, Luis Moreno Ocampo tente de donner une vision plus large à sa mission. « Le Statut de Rome ­­– qui établit la CPI – bâtît une communauté globale (…) pour protéger les droits des victimes partout dans le monde », dit-il en s’adressant aux trois juges. 345 victimes sont représentées dans cette affaire, en lien direct avec les crimes dont sont accusés les deux chefs de milices. En l’absence d’autres charges, seul un nombre restreint de victimes peut participer dans l’affaire. Le procureur doit appeler à la barre 26 témoins, au cours d’un procès qui devrait durer près d’un an.

 

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