Dongo : Joseph Kabila joue son va-tout

Publié le par Congo indépendant

Une dizaine de chars, 1.000 policiers, 500 éléments de la garde présidentielle, 600 commandos formés par des instructeurs belges, plus d’un millier de soldats de l’armée régulière rwandaise. Ce sont là les moyens humains et matériels arrivés à Gemena pour anéantir le mouvement politico-militaire dit «Les Patriotes Résistants Congolais». On assiste au réveil de la Mission de l’ONU au Congo (Monuc). Outre 150 policiers onusiens devant arriver à Gemena, deux hélicoptères de combat ont été positionnés dans le district de l’Ituri dans la Province Orientale. Cette démonstration de force à l’Ouest du Congo - pendant que les groupes armés continuent à imposer leur loi à l’Est - dévoile la duplicité tant des gouvernants congolais, Joseph Kabila en tête, que de la fameuse «communauté internationale». On apprenait mercredi que les soldats congolais déployés à Gemena rechigneraient à se battre.

Lundi 8 et mardi 9 décembre, des rumeurs folles ont couru à travers Gemena. Celles-ci laissaient entendre que les «assaillants» se trouveraient à une soixantaine de kilomètres du chef-lieu du district du Sud Ubangi, en plein pays Ngbaka. Selon des sources, ces «bruits» ont pris l’ampleur d’une psychose lorsque certaines personnes présentes à l’aéroport de cette ville ont vu des membres des familles de quelques notables locaux prendre place à bord des avions en partance pour Kinshasa. «La famille du commissaire de district du Sud Ubangi Jean-Baptiste Lumbwe et celle du procureur de la République ont été évacuées». Celui qui parle est un agent de la Régie des voies aériennes joint au téléphone jeudi matin. Selon cette source, la concession de feu Jeannot Bemba Saolona aurait été perquisitionnée mercredi par des policiers. Que recherchaient-ils ? «Il semble qu’ils étaient à la recherche des combattants de Dongo et des caches d’armes.» Voilà pourquoi les «Gemenois» se seraient résolus à quitter cette agglomération. Pour empêcher ces départs massifs, les autorités ont érigé des barricades à toutes les voies de sortie.

On apprenait mardi qu’une douzaine de chars de combat a été réceptionnée à Gemena. Ces engins auraient aussitôt pris la route. Destination : la localité de Bozene. A Bozene, la coalition gouvernementale venait, la veille, d’affronter les «Patriotes Résistants Congolais». Ces derniers assurent dans un communiqué avoir mis les forces venues de Kinshasa en débandade. Des sources semblaient confirmer que les «Patriotes Résistants Congolais» feraient montre d’une combativité inattendue autant que d’une puissance de feu digne des professionnels de l’art de la guerre. «Ce qui se passe à Dongo est tout sauf de la rigolade, a confié mercredi soir un voyageur arrivé à Kinshasa. Je peux vous dire que ça canarde très sérieux.»

Au cours d’un point de presse tenu, mercredi 9 décembre à Kinshasa, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en RD Congo, le Britannique Alan Doss, a semblé confirmer cette impression. Il a annoncé la volonté de la Monuc de "renforcer" sa présence à Gemena afin d’"éviter que la situation se détériore" dans la province de l’Equateur. "Aujourd’hui même, le commandant de la force, le général (Babacar) Gaye s’est déplacé à Gemena. Nous renforçons notre présence à Gemena pour décourager toute aventure", a-t-il affirmé. Et d’ajouter : "Nous cherchons nous-même à mieux comprendre ce qui se passe" dans cette région. "Il faut absolument être ferme et en même temps, nous ne voulons pas que cette situation se détériore et nous devons surtout nous préoccuper de la population", a souligné le patron de la Monuc qui a reconnu que les insurgés ne se battaient pas avec des «coupe-coupe» mais avec des armes modernes.

Lors de son adresse, lundi 7 décembre, devant les deux Chambres du Parlement congolais réunies en Congrès, Joseph Kabila, a promis «de rétablir l’ordre public» à Zongo. Le «raïs» a compris qu’il jouait son va-tout. On apprenait mercredi que les soldats congolais déployés à Gemena "refuseraient" de se battre. L’information a été relayée par le quotidien flamand "Het Belang van Limburg", daté 9 décembre. On rappelle qu’au lendemain du déclenchement de ce conflit, la Monuc avait annoncé sa volonté d’encadrer les policiers envoyés à Dongo en leur apportant du carburant pour les véhicules et des rations. Une situation inimaginable pour un Etat digne de ce nom.

Dans certains milieux diplomatiques tant à Kinshasa qu’à Bruxelles, il se dégage une vive préoccupation. En cause, la "neutralité" qu’auraient adopté les dirigeants angolais face à ce conflit. On le sait, à maintes reprises; la puissante armée angolaise a sauvé le régime de Kabila père et fils du "naufrage". A Brazzaville, les dirigeants du Congo voisin invoqueraient "la non immixtion dans les affaires d’un Etat voisin". Diplomatiquement isolé, le régime zimbabwe n’aurait pas "le coeur à l’ouvrage". Faute de moyens.

Question: Est-ce pour toutes ces raisons que le "raïs" a fait appel aux troupes appartenant à l’armée régulière rwandaise? «Joseph Kabila sait qu’il joue son va-tout. Si les forces envoyées à Dongo étaient défaites par les Patriotes Résistants Congolais, l’avenir politique de Joseph Kabila ne tiendrait plus qu’à un fil, commente un ancien officier "zaïrois" de renseignements. Les insurgés de leur côté savent pertinemment bien qu’ils sont condamnés à remporter une victoire décisive. Dans le cas contraire, Kabila va imposer une dictature implacable voire sanguinaire pour éliminer ses adversaires politiques, vrais ou supposés.» Pour cet analyste, la RD Congo se trouve à un nouveau tournant de son Histoire.

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