Gabriel Kyungu wa Kumwanza : Homme politique ou voyou?

Publié le par Kayembe Lukengu

Des membres de la «JUNAFEC» (Jeunesse de l’Union des nationalistes fédéralistes du Congo), le parti politique cher à Gabriel Kyungu Kumwanza, ont passé à tabac quatre députés provinciaux qui exigeaient un débat notamment sur la gestion du questeur de l’assemblée provinciale du Katanga. A Kinshasa, le ministre de l’Intérieur, le PPRD Célestin Mbuyu Kabango, a ordonné la fermeture du siège de cette assemblée. Cette décision qui énerve le principe sacro-saint de séparation des pouvoirs est perçue, à tort ou à raison, comme une fuite en avant destinée à disculper le président de l’assemblée provinciale qui n’est autre que Gabrielle Kyungu wa Kumwanza dont la formation politique est un membre éminent de l’Amp (Alliance de la majorité présidentielle). Un «intouchable». Réactions La ville de Lubumbashi est sous le choc après le passage à tabac de quatre députés provinces par des membres de la «Jeunesse» du parti UNAFEC du président de l’assemblée provinciale du Katanga, Gabriel Kyungu wa Kumwanza. Dans ce Congo dit démocratique où la population est habituée à accepter l’inacceptable, rares sont les voix qui se sont élevées pour dénoncer ce scandale. Sur décision du ministre de l’Intérieur, Célestin Mbuyu Kabango, le siège de cette Assemblée est fermé «jusqu’à nouvel ordre». Expliquant cette décision autant inconstitutionnelle que cavalière sur les ondes de radio Okapi, le ministre de la Communication et des médias, Lambert Mende Omalanga, a déclaré que «le siège de l’assemblée provinciale ne sera ouvert que lorsque la justice aura terminé ses devoirs d’enquête et de collecte des données sur le terrain, et lorsque la paix sera revenue entre les différentes personnalités qui composent l’assemblée provinciale du Katanga.» Des observateurs à Lubumbashi y voient, au contraire, une «manœuvre dilatoire» compte tenu du caractère flagrant des faits. Pour eux, le ministre de l’Intérieur, un Mulubakat comme Kyungu, tente, par cette fermeture, de «disculper» Kyungu, l’homme vers qui tous les doigts accusateurs sont pointés. Un fonctionnaire joint au téléphone à Lubumbashi donne son avis: «A quelques seize mois de la fin de la législature en cours, il semble bien que les parlementaires provinciaux commencent à se réveiller. Ces parlementaires semblent prendre conscience que leur hémicycle ne doit plus être assimilé à une chambre d’enregistrement. Ils veulent désormais exercer le contrôle démocratique. Ce qui s’est passé à l’assemblée provinciale du Katanga est un vrai scandale. L’ironie de l’histoire réside au fait que les députés battus appartiennent eux aussi à l’AMP. La preuve est ainsi faite que l’AMP n’est qu’un panier à crabes dans lequel cohabite, dans un mariage contre-nature, des unitaristes, des fédéralistes et des populistes. Bref, des formations politiques qui partagent tout sauf les mêmes convictions idéologiques.» Notre interlocuteur de poursuivre : «Les prochaines élections pourraient réserver des surprises. Le pouvoir actuel a déçu par des atteintes par trop flagrantes aux droits et libertés. A titre d’exemple, au Katanga, les médias sont intimidés et la presse s’autocensure». Dans un communiqué daté 29 janvier intitulé «Agression physique de quatre députés provinciaux au siège de l’assemblée provinciale du Katanga par des personnes étrangères à l’assemblée», vingt-trois organisations de la Société civile du Katanga notent en liminaire avoir suivi avec «un profond regret» l’agression dont ont été victimes quatre députés provinciaux lors de la séance plénière de jeudi 28 janvier. Il s’agit de : Banza Monga Tutu, Michel Kakudji Momat, Aimé Kasongo Mande et Kayumba wa Kayuma. Les vingt-trois organisations de la Société civile «condamnent fermement ces actes d’agression physique dirigés contre des députés provinciaux, en plein exercice de leur mandat, (…) », souligne le communiqué avant de fustiger le «regard impuissant des éléments de la police nationale congolaise commis à la sécurité de cette haute et importante institution provinciale», pendant que les quatre parlementaires étaient brutaliés par des «inconnus». Après avoir réaffirmé que l’Assemblée «devrait être un lieu de liberté d’expression et de défense des intérêts de la population», les signataires de relever «que ce qui vient d’arriver viole la Constitution (…) qui reconnaît à tout citoyen congolais respectivement en ses articles 22, 23 et 27 : « le droit à la liberté de pensée, le droit à la liberté d’expression impliquant la liberté d’exprimer ses opinions ou ses convictions, notamment par la parole, l’écrit et l’image ; et le droit d’adresser individuellement ou collectivement une pétition à l’autorité publique qui y répond dans les trois mois et nul ne peut faire l’objet d’incrimination, sous quelque forme que ce soit, pour avoir pris pareille initiative ». Et de conclure que les événements survenus à l’assemblée provinciale du Katanga «mettent sérieusement en péril la démocratie que nous avons appelée de tous nos vœux et pour l’avènement de laquelle nous avons travaillé au prix d’énormes sacrifices». Aussi, les signataires invitent-ils le ministre de l’Intérieur «à sanctionner à terme et sans complaisance tous ceux qui se sont compromis dans cette affaire». Il est demandé au procureur général près la Cour d’appel de Lubumbashi de faire preuve d’impartialité au cours des enquêtes qu’il ne manquera pas d’ouvrir «afin d’identifier les auteurs et les commanditaires, de les traduire devant la justice, d’autant plus que l’une des victimes a porté formellement plainte au parquet général de Lubumbashi.» Rappel des faits Que s’est-il passé ce jeudi 28 janvier au bâtiment du 30 juin ? Selon des sources concordantes à Lubumbashi, la séance plénière de ce mercredi, présidée par Gabriel Kyungu wa Kumwanza, devait examiner trois motions. Les deux premières concernaient respectivement le ministre des Finances et celui des Infrastructures. La troisième portait sur le questeur. Notons le parti Unafec a été créé en 2001 Honorius Kisimba Ngoy, Kyungu wa Kumwanza et Célestin Kabuya Lumuna respectivement, président, vice-président et secrétaire générale. Selon des témoins, des membres de la "Junafec" étaient étrangement présents dans l’hémicycle. «L’action a été préméditée, commente une source Lushoise jointe au téléphone. Une réunion a été tenue la veille au siège de l’Unafec, situé à la commune Kenya. C’est au cours de cette rencontre présidée par ailleurs par le ministre Juvénal Kitungwa que les derniers réglages ont été mis en route. Jeudi, les membres de Junafec sont venus au bâtiment du 30 juin. Ils entonnaient des «chants de guerre» pour intimider les députés récalcitrants.» Le député Banza Monga Tutu a soulevé une motion (incidentielle) en proposant de débattre sur la gestion du Questeur, autrement dit le gestionnaire des finances de l’assemblée. Dieu seul sait combien le personnel politique congolais est frileux à toute forme de contrôle touchant à l’argent. Selon une autre source, le président Kyungu s’est énergiquement opposé à cette initiative. Se sentait-il personnellement visé ? Mécontents, quatre députés, dont Banza Monga Tutu, se sont levés pour quitter la salle. Les «jeunes» de l’UNAFEC se sont jeté sur eux. La suite est connue. La différence entre un homme politique et un «homme de la rue» réside au fait que le premier a en charge l’intérêt général. Le bien commun. Le second, lui, ne s’occupe que de ses intérêts individuels et ceux de ses proches. Si l’homme de la rue peut «se laisser aller» dans l’ivrognerie, l’infidélité, la violence conjugale ou le mensonge, le responsable politique n’est bien vu que lorsque son comportement est exemplaire. Vertueux. A défaut, la confiance à l’égard de l’homme politique s’érode. Et ce, pour la simple raison que celui est considéré comme étant le dernier rempart pour la sauvegarde de l’ordre social et moral. Gabriel Kyungu wa Kumwanza est une caricature de l’homme politique. Dans une société policée, cet homme aurait été fiché dans le répertoire des «voyous» tenu par la police. A la décharge de Kyungu, son cas est loin d’être unique dans le monde politique congolais. Membre de l’Uferi (Union des fédéralistes indépendants) de Nguz Karl i Bond, Kyungu a été nommé gouverneur de la province du Shaba-Katanga au début des années 90. L’homme s’est rendu tristement célèbre en épurant «sa» région de tous les «non-originaires». C’était au lendemain de l’élection d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, par la Conférence nationale souveraine, au poste de Premier ministre. C’était en août 1992. Les «immigrés» Lubas Kasaï ont payé le prix fort. Kyungu sera suspendu de ses fonctions par le successeur de «Tshi-Tshi», le Premier ministre Léon Kengo wa Dondo. Un «intouchable» Après la prise du pouvoir par l’AFDL, Kyungu s’est rapproché du nouveau pouvoir. Au lendemain de l’installation des institutions du régime "1+4", l’homme était inconsolable pour n’avoir pas obtenu le poste de gouverneur de province du Katanga, raflé par un certain Kisula Ngoy, étiqueté Maï Maï. Une «marche de colère» est aussitôt organisée à travers les artères de Lubumbashi aux cris de «Kabila rwandais». Fin 2003, le même Kyungu est surpris par des Kinois entrain d’esquisser des pas de danse traditionnelle lors d’une manifestation organisée par des Balubakat en l’honneur de…Joseph Kabila. Au cours de cette cérémonie, l’«arbre généalogique» de la famille Kabila est exhibé. Objectif : démontrer aux "sceptiques" que «Joseph» est bel et bien un «Mulubakat à 100%» et qu’il est originaire d’Ankoro. Dans un discours prononcé à l’issue d’une marche de soutien au "président-candidat" Kabila, samedi 27 mai 2006, Kyungu wa Kumwanza, rentré dans les bonnes grâces de Joseph Kabila, fait une déclaration selon laquelle «tous ceux qui s’en prennent à Joseph Kabila cherchent à nuire à l’unité nationale». Une manière d’enfoncer le clou planté par Richard Muyej, président du PPRD/Katanga, qui faisait savoir auparavant que «le prochain président de la RD Congo, c’est sera Kabila ou rien !». Non coupable? En février 2009, trois députés nationaux, natifs du Katanga, en vacances parlementaires à Lubumbashi, ont dû solliciter la «protection» de la Monuc pour échapper aux membres de la milice de l’Unafec. Leur "crime" est d’avoir apposé leurs signatures sur une pétition afin d’obtenir la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale au lendemain de l’entrée des troupes rwandaises sur le sol congolais dans le cadre de l’Opération dite «Umoja wetu». Le commanditaire de ces intimidations n’était personne d’autre que le président de l’Assemblée provinciale du Katanga, Gabriel Kyungu wa Kumwanza. « Kyungu est un intouchable, commente une source. Kabila a peur de lui. Le ministre de l’Intérieur, un Mulubakat comme Kyungu, ne pourra rien à l’encontre du commanditaire des événements scandaleux du 28 janvier. Dans un pays normal, Kyungu aurait été invité à démissionner pour faciliter le déroulement de l’enquête». On apprenait, vendredi, que dans un communiqué daté jeudi 28 janvier, l’Unafec-aile Kyungu dégageait sa responsabilité sur les incidents survenus ce jeudi. Le parti n’exclut pas d’assigner en justice "ceux qui s’attaqueraient à son président ou l’accuseraient d’être le commanditaire des incidents de jeudi 28 janvier". Le député provincial Banza Monga Tutu aurait porté plainte contre "x". Il semble bien qu’il a pu identifier ses agresseurs. Affaire politico-judiciaire à suivre.

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