Indignations sélectives

Publié le par Congo indépendant

Près de trois semaines après les massacres perpétrés le 28 septembre dernier à Conakry par des soudards de l’armée guinéenne, on assiste à un concert d’indignations qui dissimule mal l’hypocrisie de la «communauté internationale». Celle-ci feint, en effet, de découvrir pour la première fois ce genre d’atrocités dans un pays d’Afrique noire. Pour mémoire, le bilan est de 157 morts et de 1 200 blessés. La junte, elle, parle de 57 morts. Ce qui s’est passé en Guinée est inacceptable. Voici un florilège des réactions. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a décidé de mettre sur pied une commission internationale indépendante chargée d’enquêter sur cette répression meurtrière. Les Etats-Unis d’Amérique ont invité le capitaine Moussa Dadis Camara et ses camarades à quitter le pouvoir. Le ministère français des Affaires étrangères a «recommandé» aux 2 500 Français de quitter la Guinée «en raison de la dégradation de la situation». Le Bureau du procureur près la Cour pénale internationale n’exclut pas de se saisir. Ces indignations ressemblent à un flot de larmes de crocodile. En fait, la communauté internationale est passée championne en «indignations sélectives» selon qu’un pays africain "fautif" est dirigé par un «régime ami» ou pas. En janvier 2007 et février-mars 2008, des policiers congolais ont abattu, dans l’indifférence générale, respectivement 100 et 134 adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo dans la province du Bas-Congo. Ces atrocités constitutives de «crimes contre l’humanité» n’ont jamais fait l’objet d’une condamnation de la part du Conseil de sécurité de l’Onu. Le procureur près la Cour pénale internationale n’a jamais exigé l’ouverture d’une quelconque enquête. La Mission de l’Onu au Congo s’est limitée à l’époque à dénoncer un «usage excessif de la force» Dans les provinces congolaises du Kivu, les femmes et les jeunes filles sont victimes, au quotidien, de viols et autres formes de brutalité sans que ces faits n’émeuvent la fameuse communauté internationale. La visite de la secrétaire d’Etat américaine à Goma? Et après? Suspecté de participation à ces actes de violence frisant la barbarie, le «général» Bosco Ntaganda est toujours libre de ses mouvements. Il est protégé par Joseph Kabila en personne. Et pourtant un mandat d’arrêt a été délivré à l’encontre de l’ancien chef militaire du CNDP. Qui a osé accuser le «raïs» congolais de recel de malfaiteur ? Est-ce parce que le Congo de Kabila entretient des relations particulières avec certains membres permanents du Conseil de sécurité tels que les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ? On apprenait vendredi 16 octobre que le Bureau du procureur près la Cour pénale internationale (CPI) entend procéder à un examen «préliminaire de la situation» en Guinée. Le procureur adjoint Fatou Bensouda n’a pas exclu l’ouverture d’une enquête suite aux informations faisant état de cas de viols et de brutalités infligées aux femmes. Vous avez dit viol ? Que diront les femmes et jeunes filles des provinces du Kivu lesquelles sont à la merci des groupes armés ? La CPI a déjà fait mine d’ouvrir le moindre dossier judiciaire à ce sujet? Que dire des atrocités commises par les combattants ougandais de la LRA sur la population de la Province Orientale? Inutile de parler des exécutions sommaires imputées aux éléments des Forces armées de la RD Congo dans la partie orientale du pays. Qu’en est-il ailleurs? Dans une correspondance n°UTP/CAR/NAT PROC/10060B/LMO datée 10 juin 2008, le procureur près la CPI écrivait au président centrafricain François Bozize lui faisant part de son intention d’enquêter sur des actes de violences commises dans le nord de la République centrafricaine, en particulier dans les préfectures de la Nana-Mambéré, Ouham, Ouham-Péndé, Nana-Gribizi, Bamingui-Bangoran, Vakaga et Haute-Kotto. Pris de panique, Bozize saisit le secrétaire général des Nations unies, Ban-Ki Moon prétendant qu’«une éventuelle mise en application des termes de la lettre du procureur de la Cour pénale internationale risquerait de mettre en péril l’Accord global au cas où l’un quelconque des combattants serait mis en état d’arrestation de ces chefs d’accusation.» Le procureur près la CPI n’est jamais revenu à la charge. Est-ce parce que la France de Jacques Chirac a soutenu à bout de bras l’ancien chef rebelle François Bozize? On le sait, la France de Nicolas Sarkozy, elle, pilote le processus de réconciliation politique en RCA. Le régime guinéen incarné par le capitaine «Dadis» est détestable. Il fait la honte de l’Afrique. Une question mérite néanmoins d’être posée : la communauté internationale s’en prend à la junte guinéenne parce qu’elle a les mains tâchées de sang ou simplement parce qu’un changement de régime en Guinée-Conakry ne met nullement en péril les intérêts vitaux des principales puissances qui regentent les affaires du monde?

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