Kabila-Muzito : Ces prédateurs qui nous gouvernent

Publié le par Congo Indépendant

L’examen de l’exécution du Budget de l’Etat pour l’exercice 2009 a mis à nu non seulement l’absence de transparence qui caractérise la gestion des comptes du Trésor mais surtout l’existence d’une «association de malfaiteurs» à col blanc au sommet de l’Etat congolais. Cette association regroupe cinq acteurs principaux : le Président de la République ; le Premier ministre ; le ministre du Budget ; le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale du Congo. A titre d’exemple, au cours du premier semestre 2009, l’Etat congolais a privilégié uniquement deux de ses créanciers. Il s’agit de la Banque Congolaise dirigée par le Franco-libanais Alfred Roger Yaghi et la société Emmaxon qui appartient à l’homme d’affaires israélien Dan Gettler, un «ami» de Joseph Kabila. La ligne budgétaire prévue pour la dette intérieure a même été dépassée de 502%. Vous avez dit «tolérance zéro?»

Un vent favorable a fait atterrir à la rédaction de Congoindependant des documents estampillés «Confidentiel». Emanant des sources proches de l’Assemblée nationale, ces documents, au contenu accablant, révèlent l’existence d’un pillage organisé de l’argent public. Là où le bat blesse c’est que cette razzia est l’œuvre des hommes et des femmes rémunérés grassement pour gouverner et administrer le pays en privilégiant l’intérêt général.

Quelques exemples.

La Banque Congolaise

1. Sur instruction du ministre du Budget Michel Lokola Elemba et son collègue des Finances Athanase Matenda Kyelu, en date du 29 novembre 2008, la Banque centrale du Congo (BCC) a émis un ordre permanent de paiement, via une quarantaine de billets à ordre, d’un montant total de 84.707.898 USD (capital : 68.618.973 USD ; intérêts : 16.088.925 USD) en faveur de la Banque Congolaise (BC). Il s’agit des créances sur l’Etat, datant de 20 ans, rachetées par cette banque privée. Les ministres du Budget et des Finances ont endossé ces créances non-certifiées par l’Ogedep (Office de gestion de la dette publique). Question : Qui a ordonné l’exécution de ces paiements qui n’ont pas fait l’objet de délibération au sein du Conseil des ministres ? Le Premier ministre ? Le président de la République ? Les experts s’étonnent de voir la BC racheter des créances d’un import de 68.618.973 alors même que son capital atteint à peine 20 millions USD.

2. Sur base de ces créances, la Banque centrale du Congo a accordé à la Banque Congolaise un crédit de 49.000.000.000 de Franc congolais sans contrepartie rien que par le financement monétaire. Les experts s’interrogent sur cet assaut de «générosité» manifestée par la BCC à l’égard de cette banque commerciale. Alors que l’UBC (Union des banques congolaises) où l’Etat est actionnaire n’a pas bénéficié de tant de «compassion». On notera que quarante-neuf milliards de francs ont été déversés sur le marché congolais.

Homme puissant, ayant des «antennes» au sein de certaines commissions techniques de la Représentation nationale, le président du conseil d’administration (PCA) de la BC, Alfred Roger Yaghi, a adressé au président de la Commission Economique et Financière de la Chambre basse, Kutekala Kaawa, une lettre au ton particulièrement arrogant et comminatoire. Des copies de cette missive ont été adressées au président de la République. Sans oublier le président de l’Assemblée nationale ainsi que le Premier ministre. «Il nous revient, écrit Yaghi, de la part de sources dignes de foi, que dans le cadre des travaux actuels de votre Commission relatifs à l’adoption du budget 2009 de l’Etat, l’une des sous-commissions a fait état dans son rapport sectoriel des contrats que notre Banque a signés avec l’Etat congolais et certains opérateurs économiques de la place.» Et de poursuivre : «(…), les conclusions du rapport de la sous-commission concernée sur les contrats indiqués ci-dessus sont d’une gravité telle que si elles sont lues en public, elles vont produire un dommage irréparable pour la Banque Congolaise.»

Yaghi a regretté que la procédure n’ait pas été «contradictoire». «La Banque Congolaise tient à affirmer que toutes les créances auxquelles la sous-commission a fait référence dans son rapport sont toutes des créances certaines et certifiées par les autorités compétentes, y compris l’Ogedep. Le paiement de ces créances, toujours en cours d’ailleurs, se fait dans la transparence la plus totale et est connu du FMI et de la Banque mondiale.» Qui dit vrai ? C’est ici que le PCA Yaghi choisit de sortir l’«arme d’intimidation massive» sous la forme d’une leçon d’éthique parlementaire : «(…), j’attire votre meilleure attention sur le fait que les parlementaires ont le droit, (…), d’émettre toutes les opinions dans l’exercice de leurs fonctions. Mais ils doivent se garder de commettre des infractions de droit commun dans l’expression de ces opinions au moment où ils exercent leurs fonctions.» «Il est clair, menace-t-il, que les fausses affirmations concernant la Banque Congolaise dans un document d’une haute importance politique, (…), seront de nature à constituer une infraction de droit commun, à savoir l’infraction d’imputations dommageables ou diffamation.»

Question : Un banquier congolais établi à l’étranger oserait-il envoyer une correspondance aussi insolente aux officiels du pays d’accueil ?

Emmaxon

Aux termes d’une lettre d’engagement, datée 07 avril 2008, signée par le ministre du Budget d’alors Adolphe Muzito et son collègue en charge des Finances, Athanase Matenda Kyelu, la société Emmaxon détient sur la MIBA une créance de 14.000.000 USD. Etrangement, une lettre d’ouverture de crédit en faveur de Emmaxon d’un import de… 25.000.000 USD est signée par les deux ministres en date du 24 décembre 2008. La Banque Centrale du Congo, elle, a émis un billet à ordre de 25.000.000 USD. Aucun détail n’est fourni sur la nature des biens ou services fournis à la Minière de Bakwanga par Emmaxon.

Dans son édition datée 29 octobre 2003, le prestigieux journal londonien «Financial Time» était le premier organe de presse à faire état de la conclusion d’un «contrat controversé», «négocié secrètement» et signé le 13 avril 2003 entre le gouvernement congolais et Emmaxon, «une compagnie de droit canadien associée à Dan Gertler et Chaim Leibowitz». Tous les deux y sont présentés comme des négociants israéliens en diamant. Aux termes de cette convention, Emmaxon a reçu le droit d’exporter 88 % de la production de la MIBA pour une période de quatre ans. En contrepartie, elle devait consentir à la MIBA des prêts d’un montant de 15 millions USD. A l’époque, Eugène Diomi Ndongala, alors ministre des Mines, avait critiqué le caractère «léonin» de ce contrat. Celui-ci sera résilié en avril 2008. D’où la naissance de cette créance de 14 millions USD. Quid du billet à ordre de 25.000.000 USD émis par la BCC en faveur de Emmancher?

Il faut dire que Dan Gertler passe pour un proche de Joseph Kabila. Sous le titre «Un diamantaire dans le pétrole», la newsletter «African Energy Intelligence», rapportait, dans son édition française, datée 19 mars 2007, que Joseph Kabila a signé, en date du 12 mars, l’ordonnance nº08/022 «qui valide le premier permis accordé dans la zone dite du couloir maritime, qui couvre l’offshore profond». Le bénéficiaire de ce permis d’exploitation est inconnu dans les milieux pétroliers. Il s’agit de la société Nessergy Ltd, dont le siège se trouverait à Londres. Lors du Conseil des ministres présidé, le vendredi 17 août 2007, par le Premier ministre Antoine Gizenga, le gouvernement avait, en effet, approuvé un «contrat de partage de production», signé en date du 7 octobre 2006 entre la RD Congo d’une part et l’«Association» dénommée «Nessergy Ltd-Cohydro» de l’autre. Qui se cache derrière Nessergy Ltd, la réponse n’a pas tardé : Dan Gertler.


En séjour à Mbuji Mayi, en juin dernier, le Premier ministre Adolphe Muzito avait annoncé que l’Etat allait injecter un montant de 20 millions USD afin de relancer les activités de la MIBA. Depuis cinq mois, le personnel de cette société parastatale attend désespérément l’arrivée de ce pactole pour reprendre le chemin du travail et retrouver un brin de respectabilité. En attendant, le président administrateur-délégué de la MIBA, Christine Tusse, se contente d’exhorter les travailleurs «à rester patients».

Interrogé par radio Okapi, Christine Tusse a rappelé un montant de 11 millions USD que la Rawbank avait prêté à la MIBA. Selon elle, cette dette a été entièrement apurée par l’Etat congolais. Elle a évoqué également les 14 millions dus à Emmaxon. Ceci explique-t-il cela ?
D’autres cas de mauvaise gestion sont légion.

Ordonnateur des dépenses publiques

Le gouverneur de la BCC, Jean-Claude Masangu, a été auditionné par la commission Economie et Finances de l’Assemblée nationale au sujet de la vente de plusieurs biens immobiliers appartenant à l’Institut d’émission. Masangu a reconnu avoir vendu un patrimoine immobilier de la Banque. Selon lui, le produit de vente de ces biens «a été placé dans une banque suisse, la BRI, où ce montant est rémunéré au taux d’intérêt de 1%.» Pourquoi cet argent n’a-t-il pas été logé dans une banque locale ?

Par contrat de bail signé le 10 septembre 2004, entre le ministre de l’Urbanisme et Habitat d’alors, John Tibasima Ateenyi, et Madame Marie-Josée Kapinga Mbuyi, ce ministère avait pris en location une maison sise 945, Boulevard du 30 juin, dans la commune de la Gombe. Loyer mensuel : 35.000 USD alors que le loyer d’une maison de même standing ne dépasse guère 3.000 USD. Il reste qu’un montant de 4.351.000 USD a été ainsi facturé au Trésor public. La chaîne de dépense n’a pas été observée. Cette créance a été néanmoins endossée par le ministre des Finances Athanase Matenda Kyelu et l’ancien vice-ministre du Budget Célestin Mbuyu Kabango, qui n’est autre que l’actuel ministre de l’Intérieur.

Au mois de mai dernier, Joseph Kabila avait, à la surprise générale, arraché au Premier ministre Adolphe Muzito le pouvoir d’ordonnancer les dépenses publiques. Il justifiait cet ukase inconstitutionnel «par le souci majeur d’endiguer à très court terme, les dérapages substantiels et répétés des finances publiques et de la monnaie nationale». Le «raïs» s’arrogeait par la même occasion le pouvoir de dresser les plans mensuels de trésorerie. Les finances publiques se portent-elles mieux ? La santé du Franc congolais constitue le véritable thermomètre pour donner la réponse à cette question. Les voyageurs en provenance de Kinshasa en ce mois de novembre finissant assurent que le dollar américain est échangé contre 990 FC. Le même billet vert était échangé contre 1,32 FC en 1998.

«Tolérance zéro»

Lors de la présentation du projet de budget de l’Etat, exercice 2010, le samedi 10 octobre, des députés de l’opposition avait exigé que l’Assemblée nationale commence par examiner la manière dont les dépenses publiques ont été exécutées dans le cadre du Budget 2009. Au grand dam du président de l’Assemblée nationale, le PPRD Evariste Boshab. Celui-ci redoutait sans doute que certains députés zélés dénichent des «cadavres» dans les placards. L’homme n’avait pas tort. Signalons que le ministre des Infrastructures, Pierre Lumbi Okongo, a, purement et simplement, refusé de répondre à l’invitation des membres de la Commission ECO FIN afin de fournir des explications sur les contrats chinois.

Dans son intervention devant l’Assemblée nationale, le «Premier» Muzito présentait les prévisions budgétaires pour 2010, arrêtées en recettes et en dépenses à plus de 4 mille milliards de FC soit 5 milliards USD et des poussières.
Il soulignait qu’en ce qui concerne le secteur de la justice, «le gouvernement a commencé à appliquer le mot d’ordre du chef de l’Etat «Tolérance Zéro». Selon lui, trois objectifs ont été assignés, dans ce cadre, au ministère de la Justice: « La lutte contre la corruption, la concussion et le détournement des deniers publics.» Au cours de la réunion du Conseil de ministres du vendredi 20 novembre dernier, présidée par Adolphe Muzito, le ministre de la Communication et médias, porte-parole du gouvernement, a annoncé l’organisation prochaine d’un «forum national sur la corruption».

Selon ce ministre, l’objectif est «d’identifier les grandes lignes de la stratégie nationale de lutte contre la corruption et de fixer un cadre légal et institutionnel de lutte contre ce fléau», en vue de «moraliser la gestion publique» en RD du Congo. Le ministre congolais du Plan a, de son côté, élaboré un «Projet de feuille de route des mesures d’amélioration du climat des affaires » en RD Congo. Ces mesures «sont également destinées à institutionnaliser les mécanismes de lutte contre la corruption qui gangrène le pays…».

Qui a dit que les gouvernants congolais n’avaient pas le sens de l’humour ?

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