Le mystère du vol 409 d’Ethiopian Airlines : aucune piste n’est écartée

Publié le par congo indépendant

Deux semaines après le crash du Boeing 737-800 d’Ethiopian Airlines, les dirigeants de cette compagnie aérienne - une des meilleures du continent -, ont fait savoir mardi 9 février qu’ils n’excluaient «aucune piste, y compris celle du sabotage». Cette annonce tranche avec la déclaration - précipitée ? - faite par le président libanais quelques heures après la catastrophe écartant l’hypothèse d’un acte terroriste. Cinquante-quatre Libanais établis au Congo-Kinshasa se trouvaient à bord de cet avion dont un certain Kashim qui serait un des principaux actionnaires voire le "véritable patron" du Groupe «Congo-Futur». Bonjour spéculation !

Dans un communiqué de presse publié, mardi 9 février, depuis Addis Abeba, la compagnie Ethiopian Airlines indique qu’elle «n’écarte aucune piste, y compris celle du sabotage, jusqu’à ce que l’on connaisse les résultats de l’enquête». Les responsables de cette entreprise balaient par ailleurs d’un revers de la main les allégations selon lesquelles l’accident aurait été provoqué par une «erreur de pilotage». Selon eux, il est prématuré de tirer une telle conclusion pour la simple raison que seul l’«enregistrement des données a été retrouvé». En revanche, "l’enregistrement des conversations dans la cabine de pilotage et l’épave de l’avion n’ont pas encore été récupérés pour être analysés. (...)». On le sait, après le repêchage d’une des boites noires, une équipe d’enquêteurs est arrivée lundi 9 février à Paris afin de faire examiner cet outil capital dans la recherche des causes probables du sinistre.

Le crash a eu lieu cinq minutes seulement après le décollage de l’aéroport de Beyrouth, ce lundi 25 janvier. Il était 2 h10, heures locales. Le Boeing 737-800 d’Ethiopian Airlines qui avait mis le cap vers la capitale éthiopienne s’est littéralement désintégré avant de plonger dans la Méditerranée. Une catastrophe aérienne qui laisse incrédule la haute direction de cette compagnie. «L’avion avait subi un entretien un mois auparavant», déclarait le PDG de la compagnie.

"Une boule de feu"

L’aéronef transportait 90 personnes dont 54 Libanais vivant en RD Congo. Ceux-ci ont l’habitude d’emprunter l’itinéraire Kinshasa-Addis-Beyrouth et retour. «Il fut un temps où les Libanais du Congo empruntaient les vols SN Brussels Airlines au départ de Kinshasa pour aller à Beyrouth, via Bruxelles, commente un expert. Depuis un certain temps, les autorités diplomatiques belges commençaient à exiger un visa de transit à ces voyageurs d’où le changement d’itinéraire.»

Dès l’annonce du crash, les autorités libanaises se sont, à la surprise générale, empressées d’écarter la thèse d’un acte terroriste pour ne retenir que l’hypothèse de "mauvaises conditions météorologiques". "Jusqu’ici nous avons écarté tout acte de sabotage", affirmait le président libanais. Et pourtant, un responsable de l’aéroport de Beyrouth, parlant sous le couvert de l’anonymat, confiait à des agences de presse qu’«une boule de feu a été aperçue au moment de l’accident».

A ce jour, vingt-trois corps seulement ont été repêchés. D’autres seraient, dit-on, «emprisonnés» dans une partie du fuselage, qui giserait encore par 45 m de fond. A Kinshasa, un office religieux a été organisé, mardi 26 janvier, dans une mosquée de la capitale. Les magasins de la bien nommée avenue du Commerce avaient, pour la grande majorité d’entre eux, baissé pavaillon. Preuve si besoin en était que la communauté libanaise du Congo venait perdre des êtres chers. Très chers.

"Congo-Futur"

La rédaction de Congoindependant a tenté sans succès d’obtenir le manifeste de passagers du vol 409 du 25 janvier auprès d’Ethiopian Airlines. Histoire d’analyser le parcours personnel de certains passagers. Dans la capitale congolaise, les spéculations vont bon train. Dès le lendemain de cet accident, des "SMS" ont circulé pour annoncer la présence, parmi les victimes, d’un certain Kashim. Qui est-il? L’homme est présenté comme étant le "véritable patron" du très controversé Groupe commercial libanais "Congo Futur". D’aucuns assurent que le nommé Kashim était un des "financiers" du mouvement politico-militaire chiite libanais "Hezbollah". Et que ses avoirs, au niveau international, avient été gélés. La C.I.A le tenait à l’oeil. D’aucuns vont plus loin en imputant, à tort ou à raison, au Mossad israélien la destruction en vol de l’avion ethiopien.

Dans son édition n°2.544 daté 11 octobre 2009, l’hebdomadaire parisien "Jeune Afrique" publie une intéressante enquête sur "Les Libanais d’Afrique". Le magazine note en liminaire que les Libanais vivant aux quatre coins du continent viennent généralement du Sud du pays, contrôlé par le Hezbollah. Ils sont, de ce fait, "très majoritairement chiites" et ont "des sympathies marquées" pour ce mouvement. "Depuis que le Hezbollah est devenu un acteur majeur de la scène politique et que l’Iran a engagé un bras de fer avec Israël et l’Occident sur le dossier nucléaire, précise le magazine, l’argent chiite est sous surveillance, au moins au niveau international".

Organisation terroriste

Le Hezbollah ou parti de Dieu est un mouvement politico-militaire chiite qui benéficient du soutien de deux alliés de poids. A savoir, l’Iran et la Syrie. Deux pays qualifiés d’"Etats voyous" par l’ancien président américain Bill Clinton. Ce mouvement a été fondé en 1982 par Cheikh Sobhi Al Toufayli au lendemain de l’invasion du Liban par l’armée israélienne. L’organisation s’est assignée pour objectif de défendre les thèses de la révolution islamique qui venait de triompher en Iran et de promouvoir un régime islamique au Liban. Dirigé depuis 1992 par le Cheikh Hassan Nasrallah, le Hezbollah figure, depuis avril 2001, sur la liste des "organisations terroristes" publiée par le département d’Etat américain.

Depuis quelques années, les habitants de Kinshasa ne cachent plus un certain étonnement face au "boom immobilier" perceptible à travers la capitale. Des immeubles à plusieurs étages poussent comme des champignons. Il en est de même des banques commerciales. Certains parlementaires ont relayé l’inquiétude ambiante n’excluant pas l’hypothèse selon laquelle la RD Congo serait devenue un espace priviligié de blanchiment d’"argent sale" pour certains miliueux mafieux.

Dans une récente déclaration, le sénateur Florentin Mokonda Bonza n’a pas hésité de fustiger des "réseaux mafieux" qui disposeraient d’une masse d’argent liquide qui leur permet de construire des immeubles à plusieurs étages. Pour lui, cette masse d’argent proviendraient des opérations illicites dont le trafic de drogue.

La RD Congo en général et les villes de Kinshasa et de Lubumbashi en particulier sont envahies par des "hommes d’affaires" indo-pakistanais et libanais opérant dans les secteurs de l’alimentation, le "commerce général" et la banque. C’est le cas notamment du staff dirigeant de la toute-puissante société "Congo-Futur".

Question: l’homme d’affaire Kashim, présenté, à tort ou à raison, comme étant le patron de la société "Congo Futur" aurait-il été un des financiers du Hezbollah?

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