Procès stalinien à Kinshasa : Peine de mort requise contre Me Firmin Yangambi

Publié le par KAYEMBE LUKENGU

Le représentant du ministère public a requis, mercredi 6 janvier, la peine de mort contre l’avocat Firmin Yangambi, président de l’organisation non gouvernementale "Paix sur la terre". L’homme est "jugé" devant la cour militaire pour "tentative d’insurrection" et "détention illégale d’armes". Des faits que l’accusé a contesté dans une lettre ouverte adressée notamment à Joseph Kabila. Dans cette lettre, Yangambi dénonce le non respect des droits de la défense et les tortures physiques et morales que lui et ses co-accusés ont subi afin de faire des "aveux".

Pour la petite histoire, le rôle de représentant du ministère public dans cette parodie de procès est tenu par un kabiliste pur et dur en la personne du général Tim Munkutu Kiyana, un proche parmi les proches du "raïs" Joseph Kabila. C’est ce pseudo-magistrat militaire - qui a fait la pluie et le beau à l’époque de la tristement célèbre "Cour d’ordre militaire" avec son "ami" le procureur Charles Alamba - qui a requis la peine capitale contre ce jeune avocat congolais et 20 ans de prison pour ses co-accusés. La plaidoirie est fixée au 20 janvier. C’est ici que les Romains vont s’empoigner.

Dans une déclaration faite à l’AFP, Me Jean-Joseph Mukendi wa Mulumba, un des avocats de la défense, a annoncé les couleurs en déclarant que «le ministère public s’est basé uniquement sur des aveux des accusés, faits sous l’effet de la torture. Aujourd’hui, les accusés contestent totalement la matérialité des faits et l’organisation d’un mouvement insurrectionnel». Il a ajouté qu’«il n’y a pas eu de procès verbal de constat de saisie de trois armes, sans munitions, qui se trouvaient soit disant dans la voiture de l’un d’eux". Mukendi de tonner : "Si on peut faire un coup d’Etat avec ça, il y en aurait plus de 100 par jour alors". Pour lui, cette affaire n’est ni plus ni moins qu’"un procès politique". Pour étayer sa thèse, Me Mukendi a stigmatisé ce qu’il a appelé "la philosophie du ministère public" lors de son réquisitoire. Une philosophie consistant, a-t-il souligné, à dire que Yangambi était un proche du président Kabila avant de tourner le dos au pouvoir "et voulait organiser une insurrection armée afin d’occuper une portion du territoire pour peser dans la balance lors des prochaines échéances électorales».

Arreté fin septembre dernier à Kisangani (Province orientale), Firmin Yangambi Libote a été par la suite transféré à Kinshasa. Dans une lettre ouverte, sans date, adressée notamment à Joseph Kabila, en novembre dernier, le juriste conteste énergiquement les accusations gravissimes mis tant à sa charge que de ses co-accusés. Il émet des réserves sur le caractère équitable de ce procès. «L’accusation, écrivait-il, ne m’a jamais trouvé porteur d’armes.» Ajoutant : « (…) toutes les perquisitions minutieusement effectuées par la justice militaire non seulement à ma charge mais aussi à charge de tous mes co-accusés ont prouvé de manière irréfutable que je ne détenais point l’importante cargaison d’armes estimée à 100 tonnes par le gouvernement comme avancé par M. Lambert Mende, son porte-parole lors de la conférence de presse du lundi 28 septembre.»

Mettant en doute l’indépendance de la Cour militaire, Yangambi n’a pas manqué de souligner que le procès «n’offre pas de garantie que les droits de la défense soient respectés et assurés» avant de qualifier sa détention et celle de ses co-accusés d’«arbitraire pur et simple».

Dans sa lettre ouverte, l’activiste des droits humains qu’est Yangambi revèle que lui et ses camarades d’infortune ont subi des «tortures physiques et mentales» de la part de leurs geôliers. «Des multiples coups violents sur les organes les plus sensibles du corps humain» ; «Des torsions des organes génitaux à l’aide des pinces métalliques» ; «Des coups de feu à balles réelles (…), tirés juste au-dessus de nos têtes». Rien à envier aux procès organisés en Union soviétique à l’époque stalinienne.

Dans les milieux "boyomais", on croit savoir que Firmin Yangambi serait victime d’une cabale montée par certaines personnalités de la Province orientale. Certains n’hésitent pas à pointer un doigt accusateur en direction du gouvernorat de cette Région...

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