Province de l’Equateur : Logique de guerre

Publié le par Congo indépendant

Des éléments de la garde prétorienne de Joseph Kabila, rebaptisés \"Garde républicaine\". Photo d’archives

Six cent hommes appartenant au 321ème bataillon commando congolais formé grâce à la coopération belge ont été déployés à Gemena en appui aux éléments de la police et de l’armée. Mission : reprendre le contrôle de la localité de Dongo.

«Rétablir l’autorité de l’Etat»

C’est la guerre ! Un mois après le déclenchement de la jacquerie de Dongo, le «raïs» Joseph Kabila a décidé de sortir l’artillerie lourde pour «rétablir l’autorité de l’Etat». La population congolaise a encore frais en mémoire le bain de sang survenu au Bas-Congo au lendemain de deux opérations policières dont le but était le rétablissement de l’ordre. Selon une dépêche de l’AFP datée dimanche 6 décembre, un bataillon de commandos fort de 600 hommes «formés par des instructeurs belges» et normalement stationné à Kindu, dans la province du Maniema (est), vient d’être déployé à Gemena. «Cette unité doit renforcer les quelque 1.000 hommes de la police nationale congolaise et 500 soldats des Forces armées de la RDC» déjà en place. Officiellement, cette démonstration de force a pour but «de mettre fin aux violences» qui secouent cette localité depuis le 29 octobre.

Tout a commencé, comme on le sait, par des affrontements entre les membres des communautés Enyele (Lobala) et Monzaya. Selon des sources proches des «patriotes-résistants», des policiers envoyés pour rétablir l’ordre, «ont commencé à tirer sur tout ce qui bouge». Des démobilisés vivant dans cette contrée ont, armes à la main, affronté les agents de l’ordre. «C’est ainsi qu’un mouvement spontané de légitime défense est né pour protéger nos parents». Celui qui parle s’appelle Ambroise Lobala Mokobe, connu désormais comme étant le porte-parole de ce «mouvement spontané» dénommé «Les patriotes-résistants de Dongo». Lobala d’ajouter : «Nos patriotes-résistants ne donneront pas aux autorités de Kinshasa l’occasion de rééditer à Dongo les atrocités commises par des policiers dans la province du Bas-Congo à l’encontre des adeptes de Bundu dia Kongo». Depuis le déclenchement de ce conflit, plusieurs dizaines d’individus ont perdu la vie. Les plus chanceux ont trouvé refuge à Impfondo au Congo-Brazzaville. Selon des organisations humanitaires, on y dénombrerait plus ou moins 100.000 citoyens congolais. Des sources onusiennes avaient annoncé au lendemain de ces événements le chiffre de 50 policiers tués. L’heure est sans doute à la vengeance.

\"Force d’intervention rapide\"

La dépêche de l’AFP précise que les commandos envoyés dans la province de l’Equateur «ont été formés jusqu’à mi-octobre par une soixantaine d’instructeurs belges dans le cadre d’un accord signé entre la Belgique et l’ex-Zaïre (…).». Citant une source «militaire occidentale», l’Agence de préciser que «l’envoi de cette unité a été décidé récemment et son transfert à l’Equateur s’est fait par voie aérienne. Aucun instructeur belge n’a été envoyé avec le bataillon.» On comprend, dès lors, des rumeurs qui faisaient état de l’envoi imminent des commandos belges sous la bannière onusienne. De son côté, la Monuc se propose d’envoyer en «stand by» deux hélicoptères de combat dans le district de l’Ituri, dans la Province Orientale.

Il convient d’ouvrir la parenthèse ici pour parler des troupes formées par la coopération militaire belge. Une prise d’armes a clôturé le 17 octobre dernier la formation de cette unité. La cérémonie s’est déroulée au camp Lwama située à une dizaine de kilomètres de Kindu, le chef-lieu de la province du Maniema. L’ambassadeur de Belgique en RD Congo, Dominique Struye De Swieland était présent. Il en est de même du chef d’état-major général de l’armée belge, Charles Delcour. Joseph Kabila y était représenté par chef d’état-major de la force terrestre, le général Gabriel Amisi. Dans une brève allocution, ce dernier exhortait les membres de cette force d’intervention rapide «de se comporter en dignes défenseurs de la nation, de la population et de ses biens». Le bataillon est commandé par le colonel Somwe Evariste. Fermons la parenthèse.

Le «flou total»

Vendredi 4 décembre, des sources proches des «patriotes-résistants», annonçaient la prise de la ville Libenge et l’arraisonnement d’un bateau bourré d’armes et de munitions. Les mêmes sources indiquaient qu’un colonel des FARDC avait été tué. Lundi 7, aucune source indépendante n’avait confirmé la chute de Libenge. C’est le flou total tant du côté des «assaillants» que du gouvernement de Kinshasa. C’est à croire, que chaque camp attend de prendre un avantage décisif sur l’autre avant d’entonner le «Cocorico». Une chose paraît en revanche sûre : la population a déserté la ville. Dans une dépêche datée samedi 5 décembre, l’AFP, citant la Monuc, rapporte que des éléments gouvernementaux ont été attaqués près de Dongo. Se reportant à une «source militaire diplomatique», l’Agence indique qu’«un officier aurait été tué».

Au moment où nous bouclons ces lignes, un courriel tombe. Il émane d’une source proche des «patriotes-résistants». On lit notamment ces quelques mots : «La ville de Libenge est, depuis vendredi matin, encerclée par les patriotes. Personne ne peut entrer ou en sortir. Les autorités de Kinshasa le savent mais n’osent pas avouer toute avancée ou attaque des patriotes». La source de conclure : «Nous prenons la population congolaise à témoin pour constater avec nous que l’homme qui se fait appeler «Joseph Kabila» ne sort jamais l’artillerie lourde que lorsqu’il s’agit de frapper dans la partie occidentale du Congo. Pourquoi ne fait-il pas preuve de la même détermination pour rétablir l’ordre républicain dans les deux Kivu et dans la Province Orientale? Kabila a perpétré deux massacres au Bas-Congo. Il veut rééditer son «exploit» à l’Equateur. Cette fois, il risque de commettre une erreur fatale...»

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