Province de l’Equateur : Qui contrôle Dongo ?

Publié le par KAYEMBE LUKENGU

Dans un communiqué daté mercredi 16 décembre 2009, de Libenge, les «Patriotes-Résistants du Congo» annoncent avoir repris le contrôle de la localité de Dongo dans la nuit de lundi 14 au mardi 15 décembre à 04 heures du matin. Lundi 14 décembre, le ministre congolais de la Communication et des médias assurait que Dongo a été reprise par les forces de sécurité. Qui dit vrai ?

Quarante jours après les affrontements entre les Enyele et les Mozanya - suite à un différend, dit-on, des droits de pêche - suivis par une répression policière aveugle, les forces dites de sécurité ont pu enfin pénétrer, dans l’après-midi du dimanche 13 décembre, à Dongo. La nouvelle n’a été rendue publique qu’au début de la soirée de lundi 14 via une dépêche de l’agence britannique Reuters : «L’armée congolaise a repris dimanche la ville de Dongo, bastion des forces rebelles (…)».

Approché par Reuters, le ministre de la Communication et des médias, Lambert Mende Omalanga, s’est cru en droit d’ajouter quelques «épices» : "Nos forces sont parvenues hier après-midi à Dongo. De nombreux combattants (rebelles) ont été tués dans les affrontements, certains ont été capturés, d’autres ont disparu dans la forêt où nous les pourchassons. Nous contrôlons maintenant toute la ville".

Affabulation

Lambert Mende ignorait-il que les forces gouvernementales sont entrées à Dongo sans tirer le moindre coup de feu? Dans un communiqué publié dans la soirée de ce lundi, Mende persiste et signe que «les forces de sécurité» ont mis «en déroute» dimanche «les malfrats drogués qui ont semé l’insécurité» à Dongo.

Dans ses journaux parlés du mardi 15, la radio Okapi a rétabli la vérité en déclarant que les troupes venues de Gemena ont occupé Dongo sans tirer un seul coup de feu. Les combattants du camp adverse n’étaient pas sur le lieu. Le porte-parole du gouvernement est ainsi pris en flagrant délit d’affabulation. N’empêche. Selon lui, le mouvement des «Patriotes-Résistants» est une «création virtuelle de certains politiciens démonétisés qui, de leur exil doré, s’affairent pour attirer les feux de la rampe en alimentant la guerre psychologique qu’ils mènent via Internet».

Qui contrôle Dongo ?

Dans l’édition matinale de son journal parlé, mercredi 16 décembre, la radio Okapi, toujours elle, annonce que la localité de Dongo se trouve sous «contrôle effective» des FARDC (Forces armées de la RD Congo). Et d’ajouter que le général Babacar Gaye, commandant des forces de la Mission de l’Onu en RDC a effectué, mardi, une mission sur le terrain. Objectif : se rendre compte de l’effectivité du contrôle de cette localité. Gaye était accompagné des membres des droits de l’homme et des affaires civiles de la Monuc, ainsi que des représentants de Ocha. «La mission a constaté que les Forces armées de la RDC étaient les seuls maîtres à Dongo», pouvait-on lire sur le site de ce média.

Dans un communiqué daté mercredi 16 décembre, de Libenge, signé Ambroise Lobala Mokobe, les «Patriotes-Résistants du Congo» (PRC) annoncent avoir repris la localité de Dongo. «Ainsi donc, note le communiqué, dans la nuit du lundi 14 au mardi 15 décembre à 04 heures du matin, nos forces ont attaqué la coalition internationale dont elles ont exterminé la quasi-totalité des éléments présents à Dongo». « Nos forces les ont pourchassés jusqu’à la localité de Likpangala où l’ennemi croyait pouvoir trouver refuge. Mais nos forces les y ont poursuivies, et sont actuellement à la poursuite de ceux qui s’étaient dirigées en direction d’Imese».

Notons que dans son journal parlé matinal, mercredi 16, la radio Okapi signale, au plan militaire, que «le front s’est déplacé plus au sud où des combats auraient encore lieu vers Enyele, à 50 kilomètres de Dongo.» Se reportant sur «quelques indiscrétions» au sein des FARDC, ce média rapporte que «les troupes loyalistes seraient tombées, lundi soir et mardi matin, en embuscade d’hommes armés à 7 kilomètres au sud de Dongo. Quinze blessés FARDC ont été évacués par la Monuc vers Gemena mardi après-midi.»

La Monuc fustigée

Comme pour enchaîner, le communiqué précité indique que les Patriotes-Résistants Congolais «sont occupées à ratisser Dongo et ses environs de toute présence militaire ennemie». Et que l’état-major des PRC «a décidé de réinstaller son quartier général à Dongo (…).»

Dans ce même communiqué, la Mission de l’Onu au Congo en prend pour son grade. Les PRC menacent : «Etant donné que la Monuc ne cache même plus son alignement honteux aux côtés des troupes rwandaises qui combattent les Congolais, en flagrante violation de son mandat, nous informons l’opinion internationale qu’à compter de ce jour, nous allons nous défendre énergiquement en cas de nouvelle attaque des troupes de la Monuc.» Et de conclure : «En termes clairs, nos éléments ont reçu l’ordre d’abattre tout soldat de la Monuc rencontré sur le champ de bataille aux côtés des troupes rwandaises déployées dans cette partie de la République.»

Selon une dépêche de l’ACP, la Monuc aurait déployé plus de 500 casques bleus à Dongo. Ceux-ci appartiendraient aux nationalités ghanéenne, tunisienne, égyptienne et guatémaltèque. Les forces de sécurité appartenant aux FARDC et à la Police nationale, elles, ont été chargées de poursuivre les opérations de ratissage.

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