UE : De Gucht persona non grata à Kinshasa

Publié le par KAYEMBE LUKENGU

Toute demande de visa pour Karel De Gucht, commissaire européen au Développement, à la République Démocratique du Congo, sera considérée par les autorités de ce pays comme une provocation, a signifié le ministère congolais des Affaires étrangères dans une note verbale au chargé d’affaires européen à Kinshasa, selon La Libre Belgique, rapporte radiookapi.net

Karel De Gucht, commissaire européen au Développement

Le journal belge parle d’un « nouveau coup de chaud à Kinshasa contre le Belge », entendez l’actuel commissaire européen au Développement. Citant des indiscrétions en provenance de la Commission européenne, La Libre Belgique indique que cette dernière (Commission européenne) a reçu le 2 janvier une note verbale du ministère congolais des Affaires étrangères. Une note s’indignant des propos tenus par Karel De Gucht le 16 décembre dernier lors d’un débat sur la RDC au Parlement européen. Pour le gouvernement congolais, explique la source, la déclaration du Belge a été considérée comme « un procès sur le fonctionnement de l’Etat congolais dans des termes aux relents noitoirement racistes, irrespectueux et irresponsables ».

A cet effet, ajoute La Libre Belgique, les autorités congolaises ont communiqué une note au chargé d’affaires européen en poste à Kinshasa, indiquant que « dans l’état actuel des choses, la venue du commissaire (à Kinshasa) n’était pas souhaitée » et que « toute demande de visa serait considérée comme une provocation ».

Surprise à Bruxelles

En effet, selon la même source, De Gucht dont les fonctions de commissaire européen au Développement s’arrêtent fin janvier, se préparait d'effectuer une visite à Kinshasa au cours de ce mois de janvier. La Libre Belgique poursuit en disant que l’initiative des autorités congolaises a surpris Bruxelles « où avait déjà étonné, par sa virulence, une réaction du porte-parole du gouvernement congolais au lendemain du débat européen. »

Le quotidien belge estime par ailleurs que le gouvernement congolais « semble s’être imprudemment prononcé, en traitant le commissaire européen au Développement comme il traite parfois des membres du monde politique belge, habitués aux relations chaotiques avec leur ancienne colonie. »

« Comment va réagir l’Union euopéenne ?

« Les autorités congolaises s’en prennent en effet cette fois à la Commission européenne, responsable collectivement de la déclaration de M. De Gucht. Ensuite, elles s'en prennent au Parlement européen, qui a adopté, le 17 décembre dernier, une résolution ne critiquant en aucune manière le commissaire européen au Développement et appuyant ce dernier", fait observer La Libre Belgique. D’après le journal belge, Karel De Gucht s’était en outre exprimé sur la RDC avec l’aval du Haut représentant européen pour la politique étrangère, Catherine Ashton. D’où cette question du journal : « Comment va réagir l’institution européenne - dépourvue du paternalisme belge vis-à-vis de Kinshasa, donc aussi de son indulgence - face à cette attaque contre elle ? »

Dans l’immédiat, le refus de recevoir le commissaire au Développement, explique La Libre Belgique, va retarder la mise en oeuvre de dix projets d’aide, pour un montant total de 278,5 millions d’euros, dont M. De Gucht devait signer les conventions de financement ce mois-ci à Kinshasa. «Sans compter qu’on peut se demander si le successeur de M. De Gucht, le Letton Andris Pielbags, sera plus intéressé qu’un Belge par les dossiers congolais et leur donnera l’indispensable impulsion », ajoute dans son raisonnement la même source.

"La prochaine fois, il y aura certainement un incident"

Entre les autorités congolaises et Karel De Gucht, il y a en fait de vieux comptes à régler. En avril 2 008, en mission à Kinshasa à la tête d’une délégation gouvernementale belge, De Gucht, alors ministre des Affaires étrangères de son pays, avait tenu un discours, presque dans les mêmes termes qui ne n'avaient pas plu à ses hôtes congolais. Il avait notamment, dénoncé le manque de transparence dans l’exploitation des ressoures minières de la RDC et la corruption, tout en exigeant des autorités congolaises plus d’actes que de paroles.

Ces propos tenus à Kinshasa devant les gouvernants congolais les iritèrent, avec Joseph Kabila en tête. Au point que dans sa réaction, le président du Congo démocratique lança un avertissement aux autorités belges. « Il n’y a pas d’incident, car je n’ai pas voulu qu’il y en ait. La prochaine fois il y aura certainement un incident… », avait-il déclaré.

Et donc, les derniers propos du Belge, tenus cette fois avec la casquette de commissaire européen, sont une récidive que Kinshasa semble ne pas être disposé à accepter. Dans ses propos, Karel de Gucht a notamment qualifié, devant le Parlement européen, les dirigeants congolais de partenaires inappropriés. Il avait aussi allégué que l’aide humanitaire que la communauté internatiomale accorde à la RDC est un gâchis.

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