Un massacre des adeptes du BDK a bel et bien eu lieu

Publié le par sulutany

Un massacre des adeptes du BDK a bel et bien eu lieu
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Le très redouté Raüs Chalwe Ngwashi, patron de la police au Bas-Congo
 

L’opération policière dite de «restauration de l’autorité de l’Etat» lancée le 28 février dernier dans la province du Bas-Congo a été sanglante. Au moins 100 membres du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo ont péri sous les balles des forces spéciales de la police nationale. Une unité qui relève de l’autorité directe de Joseph Kabila et de son bras droit l’inspecteur général de la police nationale John Numbi. La Mission de l’ONU au Congo «recommande» l’ouverture d’une enquête par …la justice congolaise.

«La personne humaine est sacrée. L’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger. (…). Nul ne peut être soumis à un traitement cruel, inhumain ou dégradant. (…).» C’est la proclamation contenue notamment dans l’article 16 de la Constitution de la RD Congo. La Mission de l’ONU au Congo (Monuc) a rendu publique, vendredi 13 juin, son rapport d’enquête sur les récents événements sanglants du Bas-Congo. Ce document n’apporte aucun élément réellement nouveau. Il a néanmoins un seul mérite. Celui de confirmer ce que l’on savait. A savoir que ce qui s’est passé dans cette partie du pays constitue bien un massacre. C’est-à-dire une tuerie massive. Près de quatre mois après, l’opinion congolaise peut enfin parcourir les 36 pages du rapport rédigé par des experts – supposés impartiaux - du Bureau de la Monuc pour les droits de l’Homme. Pour l’essentiel, le bilan officiel de 27 morts, dont trois policiers, a été revu à la hausse : 100 tués. Au moins. Les victimes appartiennent, dans leur grande majorité, au mouvement politico-religieux Bundu Dia Kongo. En janvier 2007, une tuerie massive analogue avait eu lieu. Les experts de la Monuc avaient mené leur enquête. Bilan : 134 morts et plusieurs blessés. Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Louise Arbour, avait exigé en son temps l’ouverture d’une enquête judiciaire par les autorités congolaises. L’opinion attend toujours. Il faut être naïf pour espérer que la justice congolaise aura, cette fois, l’audace de se saisir d’office ne serait-ce pour la simple raison qu’il y a eu mort d’hommes. Sur le territoire congolais.

Usage excessif de la force

Comment en est-on arrivé la ? Les autorités congolaises ont accusé les partisans du BDK d’organiser un mouvement insurrectionnel. Il semble que des activistes de cette organisation s’étaient arrogés les pouvoirs d’Etat dans certains villages où ils se seraient livrés à des brimades non seulement sur la population mais aussi sur des fonctionnaires. D’où les représailles que les experts de la Monuc qualifient en termes mous d’ «usage excessif de force». On apprend, en parcourrant ce rapport, que les policiers ont fait usage des «fusils d’assaut de type AK 47 et des mitrailleuses légères». L’enquête menée dans plusieurs localités a amené les investigateurs à conclure que «la PNC avait tiré, ou avait continué à tirer, alors que les partisans du BDK s’étaient réfugiés à l’intérieur des bâtiments ou alors qu’ils ne pouvaient plus être considérés comme constituant un danger imminent à la sécurité des éléments de la PNC.» Nulle part dans les conclusions, il n’est fait état d’armes de guerre détenues par les adeptes de BDK. «Il est important de souligner, notent les rédacteurs, que les partisans du BDK croyaient que leurs armes se transformeraient, au moyen d’un sort ou d’une incantation, en des instruments capables d’infliger des dégâts beaucoup plus importants que leurs véritables propriétés physiques ne leur permettaient de le faire. La grande majorité des armes trouvées sur le terrain par les enquêteurs avaient une capacité de nuisance très limitée face à une force de police bien armée (il s’agissait notamment de morceaux de bois, relativement peu tranchants, en forme de couteaux, des pierres, de noix de palme …)». Le rapport fait état des actes de "torture", des "traitements dégradants", des pillages et des incendies d’habitations ou d’églises du BDK, dans différentes localités de la province.

Enquête judiciaire

En conclusion, la Monuc fait des «recommandations». Elle exhorte le gouvernement congolais à ouvrir une enquête judiciaire et «à former et équiper sa police». Une police dont le ministre de l’Intérieur Denis Kalume Numbi ne cesse pourtant de vanter le «professionnalisme». La Mission onusienne invite par ailleurs le BDK à "reconnaître la légitimité" des autorités congolaises. Les réactions n’ont pas tardé. L’association de défense des droits humains «La Voix de Sans- Voix» (VSV) se réjouit tout en regrettant le fait que le rapport «minimise» le bilan en termes de pertes en vies humaines. «Ce rapport est bien fouillé et a même démontré les atrocités qui ont été commises sur la population au Bas-Congo. Le problème, c’est au niveau du bilan où les chiffres semblent être minimisés. On parle de 100 morts, mais partout où on passe, lorsqu’on comptabilise le nombre de morts qu’il y a eu dans différents villages, vous allez au delà du chiffre initial de 300 personnes», a déclaré notamment le chargé de la communication de la VSV. Secrétaire exécutif du réseau provincial des ONG des droits de l’homme du Bas Congo, Pamphile Mbuangi a, pour sa part, exprimé le voeu de voir les pouvoirs publics congolais procéder à l’indemnisation des victimes ou de leurs familles. Des analystes contactés par la rédaction de Congoindependant.com déplorent l’«attitude prudentissime» adoptée par les experts onusiens. Certains observateurs n’hésitent pas à ironiser que le rapport initial a sans doute été «lu, relu et filtré» à New York avant sa diffusion. D’autres reprochent à la Monuc de rater ainsi l’occasion d’aider la RD Congo à "éradiquer l’impunité".

Cour pénale internationale

Un éminent juriste congolais s’est prêté au jeu de questions-réponses de notre journal. Quel est son commentaire sur la forme et le contenu du rapport de la Monuc? «Les rapports des Organisations internationales telles que la Monuc ou autres sont très circonspects sur la forme et notamment sur l’utilisation des mots. Quand ils arrivent à mentionner des faits et des indices sérieux de culpabilité, en essayant de les imputer à des gouvernements établis, c’est que c’est sérieux. Donc, quoique la forme laisse quand même à désirer, le contenu du rapport ne trahit pas moins la pensée profonde de ses auteurs.» La justice congolaise pourra-t-elle ouvrir une enquête alors qu’elle ne l’a pas fait lors des massacres de janvier-février 2007 en dépit de la demande du Haut commissaire aux droits de l’Homme Louise Arbour ? «Certainement pas. Le manque d’indépendance, la politisation, la corruption et l’insuffisance des moyens qui gangrènent cette justice sont malheureusement trop connus pour être rappelés ici». Dans cette hypothèse, la Cour pénale internationale pourrait-elle se saisir d’office? «Oui. C’est l’article 15 du Statut de Rome qui l’autorise». Que peuvent faire les victimes de ces massacres pour saisir la justice internationale? « Elles doivent "monter un dossier" conséquent et l’envoyer, par lettre, au Procureur Luis Moreno Ocampo à La Haye. Ce dossier doit comprendre, au minimum, une lettre l’invitant à ouvrir une enquête, lettre dans laquelle on trouve un résumé succinct des faits rapportés, une indication sommaire des crimes susceptibles d’avoir été commis, l’identification des présumés coupables et une demande de réparation, le tout accompagné des pièces et indices susceptibles d’emporter la décision du Procureur.» Peut-on à ce stade dire que des éléments des forces spéciales de la police relevant de l’autorité directe de Joseph Kabila ont pu commettre des crimes contre l’humanité? «S’agissant des hommes, le rapport de la Monuc cite déjà quelques "supérieurs hiérarchiques" ou quelques "commandants des opérations". On peut remonter plus haut encore. Quant à la qualification de crime contre l’humanité, le tout est de savoir prouver qu’il y a eu "une attaque généralisée ou systématique contre des populations civiles" et que cette attaque a été menée "en connaissance de cause". Mais, ce débat ne peut s’engager qu’au stade du jugement, même s’il détermine, d’ores et déjà, la compétence de la CPI au stade de la recevabilité.»

Un double massacre fondateur

Au cours d’un point de presse tenu samedi 5 avril à Kinshasa, le leader du BDK et député national Ne Muanda Nsemi, avait annoncé sa résolution de saisir la CPI contre «le massacre des populations du Bas-Congo de 2002 à 2008». En tous cas, les événements sanglants survenus dans cette partie du pays constituent un double massacre fondateur pour le quinquennat de Joseph Kabila. Un quinquennat qui s’annonce sanglant. Kabila l’avait prévenu. Dans une interview accordée au quotidien bruxellois «Le Soir» daté 16 novembre 2006, Joseph déclarait ces mots sur un ton martial : «Il faut remettre de l’ordre dans le pays. (…). Il faut remettre le pays sur les rails, et pouvoir sanctionner les gens. (…). Beaucoup de gens ne connaissent pas le président Kabila. Ils se trompent s’ils pensent qu’après les élections, ce sera la même chose que pendant la transition. Ce sera la rigueur, et surtout la discipline, car sans la discipline, on ne peut pas construire une nation.» En janvier et février 2007, la Monuc avait dénombré jusqu’à 134 morts et plusieurs blessés. Tous, membres de BDK dont le «crime» est d’avoir contesté l’élection du gouverneur de la province du Bas-Congo et de son adjoint. Joseph Kabila n’avait pas eu un seul mot de compassion pour les victimes. Bien au contraire. Au cours d’un point de presse tenu dans la capitale, le «raïs» déclarait avec une pointe d’arrogance que cette répression avait pour but d’amener le mouvement BDK «à choisir entre la prédication de l’évangile et la politique». Peut-on trouver mieux comme aveu ? William L. Swing, alors patron de la Monuc, s’était contenté à l’époque de se dire «préoccupé par l’augmentation de violations des droits de l’homme par les forces de sécurité », avant de demander sans rire aux mêmes forces de l’ordre «de respecter le principe de proportionnalité». Ce deuxième massacre n’a pas l’heur d’émouvoir outre mesure le successeur de Swing en l’occurrence le Britannique Alain Doss. Et pourtant, cette deuxième tuerie parait avoir été organisée dans les moindres détails. On rappelle que l’inspecteur général de la police nationale, John Numbi, s’était rendu, en février dernier, «en mission d’inspection et de commandement» dans la province du Bas-Congo afin de s’entretenir avec le vice-gouverneur Déo Nkusu Kunzi Bikawa de la «situation sécuritaire» dans cette province. C’était au lendemain des échauffourées ayant opposé, en janvier, les adeptes de BDK aux les éléments de la Police nationale congolaise. "Il faut que l’autorité de l’Etat soit restaurée d’une manière efficace pour une paix durable dans la société ", déclarait Numbi. Ajoutant : " Il est impensable, en tant que responsables de la sécurité au niveau national, que nous puissions assister impuissants à ce genre d’échauffourées où l’on voit agresser un agent ou un officier de la police nationale dans l’exercice de sa mission de sécuriser les personnes et leurs biens ". Signalons que le patron de la police provinciale du Bas-Congo n’est autre que le très redouté Raüs Chalwe Ngwashi qui a jadis semé la terreur à la tête des services spéciaux de la police basés au tristement célèbre immeuble "Kin-Mazière". La suite est connue…

 

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