Rdc: libérer la liberté de la presse!

Publié le par KAYEMBE LUKENGU

RD Congo : Libérer la liberté de presse Quel est l’état de la liberté de la presse en RD Congo en cette journée du 3 mai proclamée «Journée mondiale de la liberté de la presse» ? Rien que pour le premier trimestre de l’an en cours, l’Ong congolaise «JED» (Journalistes en danger) a enregistré plusieurs cas d’atteinte à cette liberté : sept cas de journalistes incarcérés ; neuf professionnels des médias menacés ; cinq cas de censures par l’interruption intempestive du «signal» de certaines télévisions commerciales. Des médias «punis» pour avoir diffusé des émissions politiquement contraires à l’orthodoxie d’Etat. Le Congo-Kinshasa est un des Etats africains prétendument démocratiques où un journaliste est obligé de vivre en clandestinité pour avoir stigmatisé les faits et gestes du chef de l’Etat ou d’un des membres de l’entourage de ce dernier. En ce 3 mai, les dirigeants congolais ont opté pour la «comparaison qui console», comme disait Nietzsche : «Quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console». A en croire le ministre congolais de la Communication et des Médias, l’inénarrable Lambert Mende Omalanga, l’état de la liberté de la presse en RD Congo est «moins mauvais» que dans d’autres pays africains. Un avis pour le moins discutable. Au Congo dit démocratique, il y a des hommes publics «intouchables». Des hommes publics «exonérés» de l’obligation de rendre des comptes. Des hommes publics non-tenus à l’obligation de résultats. Des dirigeants incapables, élevés au rang de statue de Bouddha, devant laquelle les journalistes doivent se prosterner tout en maniant l’encensoir. Qui est ce journaliste congolais, basé à Kinshasa ou en provinces, qui oserait critiquer la gestion calamiteuse du pays par Joseph Kabila sans mettre sa liberté autant que sa vie en péril ? Qui oserait fustiger la corruption ambiante, l’échec en matière sécuritaire autant que les relations troubles entre Kabila et son homologue rwandais Paul Kagame en ce qui concerne les deux provinces du Kivu ? Qui oserait enfin stigmatiser certains membres de l’«entourage présidentiel», réputés pour leur brutalité? Ces membres sont bien connus : Jaynet Kabila, Mama Sifa Mahanya, le patron de la police nationale John Numbi, le député Augustin Katumba Mwanke, le bras droit politico-financier du «raïs», le «général» Raüs Chalwe, patron de la police provinciale au Bas-Congo. La liste n’est pas exhaustive. Le 3 novembre 2007, le procureur général de la République d’alors, Tshimanga Mukeba, a littéralement créé l’événement en déclarant, sans rire, dans sa mercuriale, qu’il entendait réprimer le comportement de certains opérateurs politiques ou médiatiques lesquels, "sous prétexte de liberté d’expression", se livreraient à l’outrage à la personne du chef de l’Etat. Pour ce magistrat tout écart de langage à l’égard de celui-ci est érigé en infraction d’«offense au chef de l’Etat». Et que l’action publique «ne sera plus subordonnée à une plainte». Il faut être naïf pour croire que l’ancien PGR avait trouvé cette «innovation» tout seul. Le magistrat a certainement été «aidé» par ceux qui ont peur de la vérité. Peur de la controverse. Personnage aux origines et parcours obscurs, le «raïs» Joseph Kabila a des choses à tenir loin des regards et oreilles indiscrets. On peut comprendre sa phobie du débat. A travers cette pirouette judiciaire du PGR, le numéro un Congolais a trouvé l’«arme de frayeur massive» pour faire taire tous ceux qui seraient tentés de fouiller dans les poubelles. En vérité, l’homme a peur. Il a peur de la liberté de la presse. Il est conscient que sans la terreur, le système qu’il incarne ne pourrait résister à la fronde populaire. Joseph et son entourage ne peuvent point interdire à la population congolaise d’exercer son droit de regard et surtout son droit de défier un pouvoir illégitime qui a donné toute la mesure de son incurie autant que de sa déloyauté à l’égard de la cause nationale. Les journalistes et médias congolais basés à l’étranger doivent reprendre le flambeau de la résistance citoyenne pour poursuivre le combat pour la vérité. Le combat pour libérer la liberté de la presse. La liberté d’opinion et d’expression.
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article