Un conseiller au ministère du Budget arrêté par l’ANR
Paul-Joseph Kitaba Feruzi, conseiller au ministère du Budget a été arrêté mardi 19 mai par des agents de la Police judiciaire des Parquets. L’association de défense des droits humains «La Voix des sans-Voix» accuse l’administrateur principal de l’ANR en charge de la Sécurité intérieure, Kalev Mutond, d’être l’instigateur de cette arrestation. Les proches de Kitaba Feruzi enfoncent le clou en dénonçant une banale affaire de «rivalité sentimentale» qui opposerait les deux hommes. Qui dit vrai?
Dans un communiqué daté 21 mai, l’association de défense des droits humains «La Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme» (VSV) ne trouve pas des mots assez durs pour fustiger l’embastillement à la prison de Makala de Paul-Joseph Kitaba Feruzi, conseiller au cabinet du ministre congolais du Budget. Qui a ordonné son arrestation? Pourquoi?
Selon la «VSV», l’interpellation a été opérée par des agents de la police judiciaire des parquets (Opj) nantis d’un "mandat d’amener" délivré par le procureur de la République près le tribunal de grande instance de la Gombe.
A en croire la «VSV», ce mandat ne serait qu’un habillage juridique destiné à donner un semblant de légalité pour dissimuler un «abus de pouvoir» imputable à Kalev Mutond, administrateur principal de l’ANR en charge de la Sécurité intérieure. «Pendant l’interrogatoire», note la VSV, le conseiller au ministère du Budget a été surpris d’apprendre qu’il était poursuivi pour le «non paiement d’impôt 2007» par l’entreprise minière «Tujenge » dont il est propriétaire.
Pour la VSV, Kitaba Feruzi fait l’objet de harcèlement pour avoir pris pour épouse une des anciennes «amies» au tout-puissant administrateur principal de l’ANR. «Tout, cependant, porte à croire, note le communiqué, que le calvaire de M. Paul-Joseph Kitaba Feruzi est consécutif à l’antécédent sentimental avec M. Kalev Mutond. Celui-ci le victimise depuis mars 2007 pour lui avoir «ravi et détourné une femme», en l’occurrence, madame Marthe Penze, unie désormais par le mariage samedi 21 juin 2008 avec M. Paul-Joseph Kitaba Feruzi.»
La VSV demande aux plus hautes autorités du pays – notamment le président de la République et le Premier ministre – d’ordonner l’interpellation de cet administrateur principal de l’ANR «pour qu’il réponde du chef d’abus du pouvoir» et «de trafic d’influence». Elle demande également l’ouverture d’un «dossier judiciaire» contre Kalev Mutond «en vue de poursuites pour détournement et instrumentalisation des agents des services publics de l’Etat à des fins privées.»
Kalev, qui jouit des "puissantes protections" à la Présidence de la République doit s’esclaffer.
Qui mettra fin aux abus que ne cesse de commettre l’Agence nationale de renseignements aux quatre coins de la RD Congo? C’est la question qui commence à tarauder plus d’un Congolais soucieux de l’Etat de droit. Il ne se passe pas un jour sans que les organisations de défense des droits de l’Homme ne dénoncent des arrestations arbitraires opérées par des agents de l’ANR. Des agents qui se considèrent comme des «intouchables» au motif qu’ils dépendraient de la Présidence de la République.
De 1990 à 1997, la "communauté internationale" semblait très attentive sur l’état des droits de l’homme au Zaïre. Cette attention était relayée par des médias internationaux. Depuis la «libération» du 17 mai 1997 et surtout depuis l’accession de Joseph Kabila à la tête de l’Etat, il y a huit années, les mêmes entités sont devenues aveugles, sourdes et muettes. Et pourtant, la situation des droits de l’Homme n’a cessé de pousuivre sa descente aux enfers. A Kinshasa, les trois autres institutions nationales - à savoir le Parlement, le gouvernement et les Cours et tribunaux - donnent l’impression d’être tétatinées par l’omnipotence présidentielle.
Lors de son allocution du 15 décembre 2008 devant les deux Chambres réunies en Congrès, Joseph Kabila déclarait notamment : «Le chapitre des droits de l’homme ne peut être passé sous silence. Notre détermination de les promouvoir est indéniable. Cependant, à chaque droit correspond une obligation, autrement il n’y aurait point de droit". Et d’ajouter : "Nous encourageons toutes les organisations en charge des droits de l’homme de faire leur travail dans les normes et les limites qu’imposent les règles de l’art ; elles bénéficieront toujours de notre oreille attentive, car les abus de droit assassinent les bases de toute démocratie».
Ces propos présidentiels n’étaient que du bla-bla-bla. Du baratin. Joseph Kabila a habitué les Congolais à l’entendre dire des choses dont il est incapable de faire. Cinq mois après ce discours, l’ANR continue à sévir. En toute impunité.
Question : Les Congolais ont-ils été aux urnes en 2006 juste pour légitimer la restauration d’un régime dictatorial?
B.A.W
Ci-après le texte intégral du communiqué de la VSV :
COMMUNIQUE DE PRESSE N°039/RDC/VSV/CD/2009
Un chef de sécurité continue à victimiser un couple à Kinshasa
La Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme (VSV) dénonce, dans un différend sentimental chronique, l’abus du pouvoir de l’Administrateur Principal de la Direction de Sécurité Intérieure de l’Agence Nationale de Renseignements (DSI)/ANR, monsieur Kalev Mutond, qui vient encore de se servir du Parquet de Grande Instance de la Gombe pour faire arrêter, mardi 19 mai 2009, monsieur Paul-Joseph Kitaba Feruzi, conseiller au Ministère du Budget.
Mardi 19 mai 2009, des policiers de la police judiciaire de parquets, muni d’un mandat d’amener ont appréhendé monsieur Paul-Joseph Kitaba Feruzi au ministère du Budget, sis Boulevard du 30 juin.
Il est conduit manu militari à la Police judiciaire des parquets et ensuite au Parquet de Grande Instance de Kinshasa/Gombe, sis Palais de Justice pour enfin échouer au Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK, ex Prison Centrale de Makala), jeudi 21 mai 2009, vers 5h00 du matin. Après l’interrogatoire par le magistrat Bokango qui s’est déroulé mardi 19 mai 2009 jusqu’à 22h00 et repris mercredi 20 mai 2009, l’ordre aurait été donné par monsieur Mbumba Mukomo, procureur général près la Cour d’appel Kinshasa/Gombe de placer la victime en détention au cachot du Parquet.
Pendant l’interrogatoire, la victime a été surprise d’apprendre qu’elle est poursuivie pour défaut d’impôt par l’entreprise minière « Tujenge » dont elle est propriétaire en raison de non acquittement des obligations fiscales en 2007.
Tout, cependant, porte à croire que le calvaire de M. Paul-Joseph Kitaba Feruzi est consécutif à l’antécédent sentimental avec M. Kalev Mutondo. Celui-ci le victimise depuis mars 2007 pour lui avoir «ravi et détourné une femme», en l’occurrence, madame Marthe Penze, unie désormais par le mariage samedi 21 juin 2008 avec M. Paul-Joseph Kitaba Feruzi.
Malgré la demande de protection du couple Kitaba et Penze auprès notamment de la Présidence de la République et de la Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC), la vie en clandestinité a été le seul recours face aux tentatives d’enlèvement, menaces de mort élargies aux autres membres de deux familles et bastonnade orchestrée par M. Kalev Mutond, «Tout Puissant Directeur de l’ANR» se targuant notoirement de son intouchabilité qui le met manifestement au dessus de la loi.
La VSV exprime des inquiétudes face à l’impuissance de l’Etat RDCongolais et de la MONUC à protéger des personnes dont la sécurité et la vie sont en danger de la part d’un Chef de Sécurité obsédé par des impératifs subjectifs de vengeance sentimentale.
Vu la persistance de l’impunité affectant dangereusement la sécurité et la vie des victimes, la VSV demande au président de la République, au Premier Ministre, aux Ministres de l’intérieur, de la justice, des droits humains… de :
- Interpeller M. Kalev Mutondo pour qu’il réponde du chef d’abus du pouvoir, de trafic d’influence suite à l’état d’insécurité entretenue contre M. Joseph-Paul Kitaba Feruzi, son épouse et leur famille respective;
- Ouvrir un dossier judiciaire contre M. Kalev Mutondo en vue de poursuites pour détournement et instrumentalisation des agents des services publics de l’Etat à des fins privées ;
- Sécuriser et protéger M. Joseph-Paul Kitaba Feruzi, son épouse et leur famille respective ;
- Assurer une justice équitable à M. Paul-Joseph Kitaba Feruzi.