Interruption du signal de RFI à l’Est

Publié le par KAYEMBE LUKENGU

Le Comité pour la protection des journalistes demande au numéro un Congolais de faire annuler la décision du ministre de la Communication suspendant la réception des émissions de RFI dans les villes de Bukavu (Sud Kivu) et de Bunia (Province Orientale). Dans la gué-guerre RFI-gouvernement, la journaliste française Ghislaine Dupont apparaît en toile de fond. Elle est accusée de «tenter de déstabiliser le pays».

Dans une lettre datée 19 juin 2009 adressée à Joseph Kabila, le CPJ, dont le siège se trouve à New York, dit tout le mal qu’il pense de la décision des autorités congolaises suspendant la réception des émissions de Radio France internationale à Bukavu et à Bunia. «Nous sommes alarmés par la décision du gouvernement de la RDC de suspendre indéfiniment les diffusions en modulation de fréquence (FM) de Radio France Internationale (RFI) dans les villes de Bunia et Bukavu situées à l’est du pays», peut-on lire en liminaire. Nous vous demandons ainsi d’user de votre influence pour annuler cette décision qui, selon nous, prive les résidents de cette partie de la RDC d’accès à diverses sources d’information sur le conflit dans leur région.»

Organisation indépendante dévouée à la défense de la liberté de la presse dans le monde, le CPJ de rappeler que cette ukase a été annoncée le 10 juin par le ministre de la Communication de la RD Congo, Lambert Mende. «Nous reprochons à RFI d’inciter les militaires à désobéir, à se révolter, à créer des troubles dans les casernes, alors que notre pays est en guerre», avait-il argumenté. Le CPJ de regretter que le ministre de la Communication n’ait administré aucun grief précis à l’appui de ces «accusations générales qui ont été démenties par RFI».

«Mesures arbitraires»

Pour le CPJ, les mesures prises par ce membre du gouvernement congolais «semblent être arbitraires» au motif qu’elles sont «basées sur des accusations non fondées». Et d’estimer que «les résidents de l’est du Congo ont un droit fondamental à diverses sources d’informations essentielles sur le conflit qui sévit dans leur région.» Aussi demande-t-il au chef de l’Etat congolais, de faire «annuler» ces décisions.

Depuis 2006, le «clan kabiliste» se livre à un bras de fer avec la grande radio française. La pomme de discorde a un nom : Ghislaine Dupont. Cette journaliste est accusée de diffuser des informations tendancieuses sur la RD Congo. «Faux», rétorque l’intéressée.

Fin avril 2006, «Ghislaine» atterrit à Kinshasa où elle est affectée en qualité d’envoyée spéciale. Mission : couvrir les élections générales prévues fin juillet. Elle sollicitera en vain son accréditation auprès de Henri Mova Sakanyi alors ministre de l’Information. Mova menaçait de couper le signal de RFI, au cas où «Ghislaine» persisterait dans «sa manière de traiter les informations» sur le Congo-Kinshasa.

Le «cas Dupont» avait même fait l’objet de discussions au cours d’une réunion du Conseil des ministres du gouvernement 1+4. Le vice-président Azarias Ruberwa avait dénoncé une «entorse à la démocratie». Certaines voix de l’opposition mettaient en garde le régime contre une "tricherie" destinée à "organiser les élections à l’abri des témoins gênants".

Persona non grata

Le CPJ de rappeler qu’ en juillet 2006, «le gouvernement de transition d’alors avait déjà expulsé Mme Dupont du pays sans aucune explication, (…).» Ajoutant : «Dans un courriel adressé au CPJ, Mme Dupont avait contesté ces accusations, affirmant que la décision était en représailles à des reportages sur la corruption au sein du parti au pouvoir et la mauvaise gestion de l’armée.»

Trois années après la «victoire» de Joseph Kabila à la présidentielle de 2006, la consoeur de RFI, réputée pourtant rigoureuse et sans complaisance à l’égard des puissants du moment, est toujours persona non grata en RD Congo.

Depuis fin mai de l’an en cours, RFI n’est plus captée dans la partie orientale de la RD Congo. Que cherche-t-on à cacher ? A Bukavu, des journalistes locaux affirment que le gouvernement congolais reproche à ce puissant média français ses critiques acerbes sur la «gestion de l’armée et la situation sécuritaire» dans l’est.

Ghislaine Dupont est devenue une sorte de «poil à gratter» pour Joseph Kabila et ses proches. Début octobre dernier, l’association de défense des droits humains «La Voix des Sans-Voix» (VSV) rapportait l’arrestation à Goma de Pierre Ndeze. Il s’agit de l’attaché de presse du gouverneur de la province du Nord Kivu. Que lui reproche-t-on ? Des agents de l’ANR (Agence nationale de renseignements) «le suspectait d’être la source d’information de la journaliste Ghislain Dupont de Radio France Internationale (RFI) qui a fait état sur les antennes de RFI d’une attaque armée du cortège du président Joseph Kabila lors de sa tentative de visite à Sake, Nord-Kivu où trois de ses gardes corps auraient été tués par balles par des combattants armés du Congrès National pour la Défense du Peuple», indique le communiqué. En guise de «pièce à conviction»,
«des agents de l’ANR auraient trouvé dans le Gsm de l’attaché de presse Ndeze des numéros téléphoniques considérés comme «suspects», précise le communiqué. C’est le cas notamment des "coordonnées" de la journaliste Ghislaine Dupont de RFI et celles de membres du CNDP de Laurent Nkunda.

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