ACP : Agence congolaise de presse ou de propagande ?
«Le président Joseph Kabila Kabange a gagné le pari de la paix dans le Kivu». C’est le titre racoleur d’une «dépêche» de l’Agence congolaise de presse datée 24 juin.
Dès le premier paragraphe, le lecteur cherche en vain les faits que ce média d’Etat tente de porter à la connaissance du grand public. Après lecture de l’entièreté du texte, la tentation est forte de conclure qu’il s’agit d’un de ces commentaires emphatiques - sur tout et n’importe quoi - que l’actuel administrateur-délégué général de l’ACP a pris l’habitude de signer dans la rubrique «Le point». Un moyen pour ce dernier d‘«exister» et surtout de montrer au «raïs» qu’il «bosse». Cette fois, l’«Adg» a opté pour l’anonymat.
Dans son manuel de l’agencier, l’Agence France Presse, dont la rigueur n’est plus à démontrer, décrit comme suit une dépêche : «La dépêche d’agence rapporte un fait. Elle doit être exacte, rapide, complète, intéressante, concise». Précisons que l’épithète «exacte» renvoie à l’impartialité.
Après les élections générales de 2006, nombreux sont les Congolais qui espéraient voir les médias d’Etat – et pourquoi pas la presse congolaise dans son ensemble ? - rompre avec l’obséquiosité légendaire à l’égard des gouvernants en se consacrant corps et âme à une seule mission. La mission d’informer.
La mission d’informer ne signifie rien d’autre que la ferme volonté de traquer la vérité. Pour ce faire, le travail journalistique doit consister à décrire et non à reconstituer la réalité sociale.
Force est de reconnaître que la mission d’informer devient quasi-impossible dans ce Congo dit démocratique où le journaliste est réduit au rang de «parasite». Aussi, pour vivre, doit-il exhiber, matin, midi et soir, la «danse du ventre» devant les «puissants du moment». C’est en tous cas ce que semble faire l’auteur de ce "papier".
La dépêche de l’ACP jette un nouveau discrédit sur la presse congolaise. D’abord, parce qu’elle ne rapporte aucun fait. Ce qui constitue une grave lacune professionnelle de la part d’une agence de presse dont les dépêches sont sans doute lues aux quatre coins du monde. Secundo : elle n’est que de la propagande camouflée.
La rédaction de Congoindependant.com a pris le risque… délibéré de publier cette dépêche dans son intégralité. Sans commentaires. Objectif : susciter le débat en laissant aux Congolais le soin de juger. D’aucuns ont perçu cette motivation. D’autres ont conclu hâtivement - comme seuls les ex-Zarois savent le faire - que C.I.C amorçait un virage à 180° de sa ligne éditoriale.
L’auteur de la dépêche de l’ACP feint d’ignorer qu’avant «de faire de la paix son obsession», le «raïs» ne jurait que par la guerre. Il n’a décidé de jouer la «carte diplomatique» qu’après avoir compris son impuissance au plan militaire.
Joseph Kabila a ainsi dilapidé les deniers publics pour acquérir de l’armement lourd. De l’argent qui aurait pu être affecté à la réalisation de projets à caractère social. Questions : que sont devenues les armes et munitions récupérées jadis par les combattants du CNDP ? Qui devrait répondre des pertes en vies humaines tant pour les soldats que la population civile?
«Sur le plan diplomatique, les relations entre Kigali et Kinshasa se sont considérablement améliorées (…)», note l’Agence qui se félicite par ailleurs des opérations conjointes menées par les FARDC respectivement avec les armées rwandaises et ougandaises.
N’en déplaise aux propagandistes proches de la Présidence de la RD Congo, les opérations conjointes FARDC-RDF et FARDC-UPDF n’ont guère généré une paix durable. Bien au contraire. Elles n’ont fait qu’aggraver la précarité de la vie des gens. A preuve, les miliciens des FDLR sont devenus plus nocifs qu’avant. Il en est de même des guérilleros de la LRA.
Les responsables onusiens sont les premiers à tirer la sonnette d’alarme. D’abord parce que ces opérations mettent en péril la vie des habitants des localités concernées. Ensuite, le nombre des personnes déplacées ne fait qu’augmenter. Les deux provinces du Kivu compteraient à ce jour près de deux millions de personnes en errance. Il est fait état de 400.000 dans la province orientale. Par ailleurs, une vingtaine de groupes armés continue à terroriser la population. Que dire des militaires déployés dans le cadre de l’opération «Kimya» qui accusent cinq mois de soldes impayées ?
Le bulletin de satisfecit que l’Agence congolaise de presse tente de délivrer sans cause à Kabila relève de la pure imagination.
Une chose paraît certaine, aussi longtemps que la réconciliation entre Congolais, Ougandais et Rwandais n’aura la confiance et le respect mutuel comme fondements, le seul échange d’ambassadeurs ne peut suffire pour parler de «pari gagné sur la paix». Encore moins d’amélioration des relations entre ces trois pays voisins.
Soutenir le contraire revient à intoxiquer la population en faisant passer la propagande pour de l’information. Cette attitude médiocre qui tire l’image de la presse congolaise vers le bas, doit être combattue…