Que d’évasions spectaculaires des détenus en RD Congo?
La Voix des Sans-Voix pour les droits de l’Homme (VSV) est vivement préoccupée par la multiplication, ces dernières années d’évasions des détenus de différentes prisons de la RDCongo se soldant parfois par mort d’hommes…
La dernière en date est l’évasion mardi 23 juin 2009 de neuf (9) détenus du Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK, ex prison Centrale de Makala) vers le parking Molaert, Kinshasa/Bandalungwa.
De retour d’une audience au Tribunal militaire de Garnison de Ngaliema, mardi 23 juin 2009, des prévenus Wama Ngoma Mwanza, Kondonga Gawa, Mbombo Musanga, Kasongo Kitola, Kalasa Mutanda, Koko Wa Koko, Omari Djuma, Mateso Kese et Kele Pitchou, poursuivis pour association de malfaiteurs dans l’affaire de l’assassinat de madame Aimée Kabila Mulengela (pour les trois premiers) et braquage d’une concubine du général John Numbi Tambo, inspecteur général de la Police Nationale Congolaise (PNC) ont semé panique et désolation dans leur aventure d’évasion.
Profitant d’un embouteillage de véhicules non loin du parking Molaert et de la distraction des militaires d’escorte, les prévenus n’ont pas hésité de ravir les armes aux militaires et de s’en servir en tuant et blessant avant de s’éclipser dans la nature. Dans la foulée, le militaire chef d’escorte a été tué d’une balle à bout portant sur le champ ; des morts auraient aussi été enregistrés, dans les parages, parmi la population.
De tous les fugitifs, deux (2) dont Kasongo Kitola et Kondongo Gawa auraient été rattrapés dans leur fuite par des policiers et remis à la Police Militaire (PM) au camp militaire Kokolo, cinq (5) auraient réussi à s’évader et un (1) serait dans une formation hospitalière de Kinshasa de suite d’une grave blessure.
Sur l’autre registre, les informations parvenues à la VSV font état de l’évasion de quatre (4) personnes poursuivies par le Tribunal de Grande Instance du Bas-Fleuve à Tshela. Ces personnes sont des responsables de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR), de la Direction Générale de Migration (DGM) et des Forces Armées de la RDCongo (FARDC) commis à la garde de frontière de Kinkongo-Mbenda, non loin de Tshela, province du Bas-Congo, poursuivies pour trafic des jeunes filles et femmes à Tshela à des fins d’esclavage sexuel au bénéfice des militaires angolais.
Par conséquent, une dizaine de détenus, essentiellement originaire de la province de l’Equateur, gardés au secret depuis fin avril 2009, pour soupçons de fomenter un « coup d’Etat » contre le président Joseph Kabila, à travers la détention et la cache d’armes, auraient été précipitamment déplacés ou fusillés. L’extraction des détenus vers un autre lieu de détention ou leur exécution sommaire et extrajudiciaires aurait coïncidé avec l’arrivée au cachot du camp militaire Kokolo de deux détenus fugitifs rattrapés par la police.
Après l’évasion la semaine dernière de trois prévenus dans cette affaire, celle du caporal Kimbi Soudain, chef de poste et B2 au poste frontalier de Kikongo-Mbenda est venue s’ajouter lundi 22 juin 2009. Caporal Kimbi Soudain serait la pièce maîtresse et la plaque tournante de cette opération de traite.
D’autres évasions enregistrées sont celles de la prison de Goma. Celles-ci se sont soldées par le viol de plus de vingt (20) détenues femmes par leurs codétenus hommes.
La VSV est surprise de la récurrence des évasions spectaculaires des détenus de différentes prisons du pays frisant une certaine complicité soit de l’autorité soit des agents pénitentiaires.
Ces évasions rappellent celles du 23 octobre 2006 de quatorze (14) détenus du CPRK condamnés dans l’affaire de l’assassinat du Président Laurent Désiré Kabila ainsi que de pseudo tentative d’évasion ayant conduit à l’assassinat de Patrick Chiringui à la prison de haute sécurité de Bulowo, province du Katanga.
Les évasions spectaculaires constatées ces derniers temps reposent avec acuité la problématique de sécurité des détenus et des conditions de détentions inhumaines, cruelles et dégradantes, laquelle met davantage à nu la prévarication des autorités politiques et judiciaires, pourtant bien au courant de cette situation on ne peut plus chaotique.
Vu ce la gravité des faits dénoncés, la VSV recommande au gouvernement RDCongolais, notamment le Premier ministre, les ministres de la Justice ; de l’Intérieur et des Droits Humains, …de :
- diligenter une enquête indépendante sur ces évasions à répétition à travers les prisons de la RDCongo en vue d’en faire la lumière et de sanctionner les coupables et commanditaires conformément à la loi ;
- assurer la sécurité de tous les détenus ;
- Assurer une prise en charge médicale des personnes blessées lors des fusillades précédant les évasions ;
- prendre en charge les funérailles du chef d’escorte militaire décédé lors de la fusillade à Bandalungwa et dédommager la famille éprouvée pour les préjudices subis ;
- localiser toutes affaires cessantes les détenus originaires de la province de l’Equateur jadis gardés au cahot du bataillon PM au camp militaire Kokolo et garantir leur vie, intégrité physique et sécurité et les présenter, dans les meilleurs délais, devant une juridiction compétente…
Fait à Kinshasa, le 24 juin 2009.
LA VOIX DES SANS-VOIX POUR LES DROITS DE L’HOMME (VSV)