Commentaire du discours de Barack H. Obama aux Africains
De ce discours prononcé en date du 11 juillet passé au Parlement ghanéen, et destiné aux Africains après celui de la réconciliation de l'Amérique d'avec le monde arabo-musulman; j'ai retenu un message qui prend dans toute sa mesure les maux qui rongent notre continent. Il a parlé notamment de la démocratie, la bonne gouvernance et la prise en main par les Africains de leur avenir.
Barack Obama, l'homme le plus puissant du monde s'adressait aux Africains desquels sont issus son grand-père et son père qu'il a cités et rappelant leur sang qui coule dans ses veines, a fixé les esprits en rappelant les respect et responsabilité mutuels qui devraient caractériser les relations entre son pays et l'Afrique qu'il prend comme une partie bien connectée de ce monde mondialisé. Il récuse que ce continent ne soit alléchant que pour ses ressources, bien au contraire qu'il faille le considérer comme partenaire à part entière avec lequel l'on traiterait d'égal à égal.
S'il faudrait émettre un avis par rapport à cette partie de l'allocution, je dirai que c'est un gros pari qui n'est pas gagné d'avance, car les intentions sont une chose, alors que la réalité du pouvoir en est bien une autre. Tous les Africains depuis toujours appellent de tous leurs vœux la venue de ce monde consacré par le droit international dans lequel tous les États sont égaux dans leurs rapports. Or, la réalité d'un monde juste et équilibré ne réside nullement dans les intentions, ce déséquilibre reste patent, en commençant par le conseil de sécurité des Nations-Unies où l'Afrique n'a pas de place de membre permanent, en passant par les règles du commerce international dans lequel l'Afrique vend et achète tout aux prix lui imposés par l'Occident, aux institutions de Bretton Woods qui lui administrent une thérapie inadaptée qui l'étrangle davantage. Là est toute la difficulté qui attend Barack Obama dans son entreprise, pour qu'il réussisse il faudrait que ses autres partenaires occidentaux fussent aussi bien disposés que lui pour mener cette révolution.
La déconfiture africaine trouve ses racines dans la mal gouvernance caractérisée qui sévit dans un trop grand nombre d'États, verrouillant ainsi toutes les portes donnant accès au développement; telle est la vérité crue qu'Obama a lancée en plein visage aux dirigeants africains. Il a pointé du doigt l'enrichissement sans cause des dirigeants, des commissions auxquelles ils recourent et la corruption qui restent des verrous rédhibitoires à tout progrès. La meilleure voie pour accéder à ce dernier reste la démocratie, celle qui ne se limite pas qu'à l'organisation des élections, mais à une bonne gouvernance, au respect de la volonté du peuple et à diriger avec son consentement. Elle implique aussi l'établissement des institutions fortes et impersonnelles qui, chacune en ce qui la concerne, s'acquitteront légalement de leurs tâches et placeront tous les citoyens à pied d'égalité devant la loi. Il n'a pas oublié de mettre hors-jeu les hommes forts, qui devraient être remplacés par des institutions puissantes.
Ici, il est indéniable que les raisons du mauvais état de santé économico-social africain trouvent leur assise dans la gestion peu orthodoxe de la res publica et de l'absence totale de tout contrôle des gouvernants par d'autres institutions indépendantes, Montesquieu n'a-t'il pas dit que le pouvoir devait arrêter le pouvoir? Nous reconnaissons que la démocratie, par le respect de la loi et du regard du peuple et d'une justice au dessus de tous, reste le système politique qui barre la route à tout totalitarisme, sanctionne toutes les tares dénoncées par le chef de l'État américain. Seule la démocratie favorise la transparence dans la gestion de la chose publique, qui n'est pas à confondre avec des intérêts partisans. Il est connu que des dirigeants africains se placent dans la plupart de pays loin au-dessus de leur constitution qu'ils tripatouillent chaque fois qu'ils en ont besoin, très souvent avec une complicité ignoble et irresponsable des parlementaires, ceux-là même qui sont censés parler au nom du peuple et porter haut ses aspirations.
Barack Obama s'est montré partisan de l'aide au continent noir, mais pas de manière à le maintenir dans un éternel état d'assisté, il voudrait une aide qui entraine la création de capacités indispensables pour un changement transformateur et non d'une aide qui ne permettrait qu'au peuple de survivre. Bien qu'il soit ouvert à cette aide, il reste ferme en ceci que l'envol de l'Afrique ne viendra que des Africains eux-seuls, personne ne ferait à leur place ce qu'ils doivent réaliser eux-mêmes.
Là aussi, je suis de même avis que le Président américain, car l'aide qu'a vraiment besoin l'Afrique est celle qui la tirerait de cette asphyxiante dépendance c'est-à-dire qui la conduirait à l'industrialisation, la démocratie et surtout la vraie indépendance. Quel que soit le volume de l'aide, si la volonté de la part des Africains d'aller de l'avant n'y est pas, tout l'argent ne servirait à rien. Nul n'ignore que de l'argent, l'Afrique en avait beaucoup bénéficié, mais il n'a servi qu'à enrichir une minorité de gens sans retombées pour l'économico-social.
Enfin, il a aussi abordé les problèmes des conflits ethniques et des guerres qui ne permettent pas non plus à l'Afrique d'aller de l'avant. Pour lui, la diversité ethnique africaine ne devrait pas constituer un écueil, au contraire le continent aurait à s'en réjouir, car c'est une richesse. Il n'a pas manqué l'occasion pour encourager et féliciter le Ghana pour le progrès démocratique dans lequel il est engagé sans effusion de sang. Ce discours très intéressant interpelle les dirigeants africains et tous les bellicistes qui doivent revoir leur logiciel et le mettre à jour sous l'ère Obama. Il l'a conclu de la meilleure de manière par un solennel et encourageant "Yes, we can!".