Réponse d’un Congolais à Madame Hillary
Madame la secrétaire d’Etat des Etats-Unis d’Amérique,
«Nous voulons travailler avec des gens pour un meilleur avenir et non avec des
gens qui se réfèrent au passé ». Cette phrase prononcée dans une de vos
interventions à Kinshasa est affligeante et porteuse de divisions au sein d’une
société congolaise traumatisée par une guerre sans fin qui dure depuis 13 ans.
Les Etats-Unis d’Amérique, votre pays, veulent travailler avec les Congolais,
avec cette condition : ne plus se référer au passé, c’est-à-dire à toute
l’humiliation que nous subissons depuis plus de dix ans, et peut-être depuis près
de cinquante ans.
Madame la secrétaire d’Etat, permettez-moi de prendre l’exemple de votre
propre pays pour dire que vous vous référez beaucoup aux événements tragiques
que vous avez connus, et le grand peuple américain a raison de le faire. Car le
moyen le plus sûr de revivre les souffrances du passé c’est justement de ne plus
s’y référer. Ne plus se référer à son histoire c’est inviter l’oubli. Et certaines
administrations de votre pays ont eu une telle conscience du passé et de la
mémoire qu’elles sont allées jusqu’à élaborer le principe de guerres préventives.
Il y a des Congolais qui reçoivent ce que vous dites comme le début d’une
nouvelle ère dans les relations entre la République Démocratique du Congo,
mon pays, et les Etats-Unis d’Amérique. Certains vont même jusqu’à y lire un
aveu de l’administration du président Barack Obama reconnaissant
diplomatiquement que par le passé les Etats-Unis d’Amérique ont fait des choix
hasardeux dans la région des Grands-Lacs africains. Des choix très lourds de
conséquences, puisqu’ils ont coûté près de 7 millions de vies humaines dans
cette partie du continent et dont le Congo est de loin le plus durement frappé.
Beaucoup d’autres Congolais sont attristés voire choqués d’entendre de tels
propos de la bouche d’un haut responsable d’un pays qui est le concepteur,
l’orchestrateur et le soutien numéro 1 des régimes des présidents ougandais
Museveni et le Rwandais Kagame qui ont endeuillé le Congo près de six
millions de fois, permis la déstabilisation de la partie orientale du pays, le viol
massif de femmes et l’exploitation anarchique des ressources naturelles et
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minières appartenant aux futures générations congolaises. Votre
malheureuse phrase affiche la volonté de votre pays de ne pas regarder
l’une des pages les plus sombres de la politique des Etats-Unis dans le
monde. Si cela arrange les Etats-Unis d’Amérique et ceux qui sont
impliqués dans la tragédie congolaise, concédez que l’oubli dans ce
dossier n’est pas dans l’intérêt des Congolais.
Madame la secrétaire d'Etat, le Congo a connu des périodes douloureuses tout au
long de son histoire. Notre terre peut même être appelée une terre de sang de par
les violences venues de l’extérieur. Beaucoup de massacres ont été commis à
huis clos, mais ceux de ce siècle commençant, oeuvre de Museveni et Kagame,
parrainés par les Etats-Unis dès 1996, sont les plus atroces. Un silence glacial a
accompagné cette barbarie d’un autre âge, et cela malgré la présence des troupes
onusiennes et les caméras de télévision sur place. Il a fallu toutes ces années
pour qu’enfin votre pays se rende compte qu’il était temps d’arrêter cette
boucherie initiée sous ses auspices ? Mieux vaut tard que jamais.
Il est plus que troublant, Madame la secrétaire d’Etat, que vous demandiez au
peuple agressé de ne pas se référer à son passé sans nommer une seule fois les
agresseurs que sont le Rwanda de Paul Kagame et l’Ouganda de Yoweri
Museveni. Nous, la plus grande part de Congolais, attendons que ces deux
criminels soient traduits devant une cour internationale pour répondre de leurs
actes.
Dans la configuration actuelle, notons que les Etats-Unis d’Amérique souffrent
d’une perte criante de crédibilité et de légitimité dans la région des Grands-Lacs,
et nous étions en droit d’attendre un discours, certes tourné vers l’avenir, mais
dans lequel les Etats-Unis d’Amérique assument leurs erreurs et prennent en
compte leur rôle majeur dans les malheurs actuels de notre peuple. En lieu et
place de cela, vous avez préféré nous demander l’impossible, ne pas nous référer
à ce passé dont les bourreaux ne sont ni nommés, ni menacés, ni inquiétés.
Permettez que nous appelions cette attitude l’arrogance de la toute puissance
américaine. Nous construirons notre avenir en tenant absolument compte de
notre passé, riche en enseignements.
Dorénavant, il y aura deux camps dans la société congolaise : l’un, amnésique
avec lequel votre gouvernement va travailler, et l’autre, outrecuidant, ne voulant
rien laisser de l’histoire du Congo et qui, de ce fait, sera écarté d’office de votre
vision politique au Congo. Le Congo est divisé : les progressistes et les
ruminants.
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Madame la secrétaire d’Etat, le Congo, notre pays, a beaucoup donné aux Etats-
Unis d’Amérique depuis les années 1930. Or le Congo a souvent été payé en
monnaie de singe par votre pays. Si pour vous, Lumumba était un dangereux
communiste qu’il fallait assassiner, pour nous, c’était un homme audacieux qui
aurait pu beaucoup apporté au Congo, en vue d’une éclosion véritable en
développement. Si pour vous, Kasa-Vubu n’était qu’un homme faible et effacé
qu’il fallait éliminer, pour nous, c’était un sage visionnaire, d’une probité morale
irréprochable qui a posé des jalons de bonne gouvernance bafoués par la suite.
Si pour vous, Mobutu était un bon serviteur à promouvoir, pour nous il fut
l’incarnation du malheur de notre peuple dont les conséquences sont parmi les
ingrédients de la crise actuelle que connaît le Congo. Si pour vous, la
Conférence Nationale Souveraine ne fut qu’une distraction des Congolais au
point que l’administration Clinton l’a ignorée et saboté les institutions
démocratiques qui en étaient issues, pour nous, ce fut enfin la chance que notre
peuple a acquise en versant son sang et qu’il attendait depuis longtemps, et ce
forum reste à ce jour le plus important de notre histoire après l’indépendance du
pays en 1960. Si pour vous, Laurent-Désiré Kabila était un bon pantin, puis un
filleul ingrat à abattre, pour beaucoup d’entre nous, il fut celui par qui l’horreur
est entrée dans le pays. Si pour vous, Joseph Kabila est un loyal vassal, pour
nous c’est un inconnu, sans réelle formation pour conduire un grand pays
comme le nôtre, un usurpateur à la biographie déficitaire et qui fait perdre au
Congo un temps précieux pour son développement.
Si le Congo, en tant que nation moderne, n’a jamais été dirigé par un
universitaire, ce n’est pas faute de candidats valables, ni faute de volonté de la
part du peuple congolais. C’est votre pays, Madame la secrétaire d’Etat, qui
s’est arrogé le droit d’assassiner ceux des prétendants qui ne lui plaisent pas et
soutenir ceux qui sont à sa solde. Les Etats-Unis ont depuis près de cinquante
ans usurpé le droit des Congolais de se choisir librement leurs dirigeants, surtout
le premier d’entre eux. Cela n’est tout simplement pas acceptable du point de
vue juridique et moral.
Vous n’auriez pas eu besoin « d’aider le Congo » avec 17 milliards de dollars.
Depuis des décennies, le Congo se serait construit tout seul sans les milliards de
qui que ce soit, car il en a les moyens. Voilà la vérité. Tant que nous, Congolais,
n’aurons pas la liberté de choisir notre propre destin et les animateurs de celuici,
nous n’aurons aucune porte de sortie de crise. Toutefois, puissiez-vous enfin,
en tant que première puissance mondiale, changer de politique en République
Démocratique du Congo ? Il en va de l’honneur et du prestige de la grande
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démocratie que sont les Etats-Unis d’Amérique. Au regard de l’histoire, j’ai des
doutes mais je me permets de rêver. Yes ! Let you show us that you can !