Le phénomène «Kuluna»
Le ministre congolais de la Justice, Luzolo Bambi Lessa, mène actuellement une «bataille épique» contre les jeunes délinquants appelés «Kuluna». Il s’agit d’un nouveau type de banditisme qui fait régner la terreur à Kinshasa, une ville qui s’étend sur près de 10.000 km², habitée par près de dix millions d’âmes. La nuit tombée, certains quartiers de la capitale congolaise sont transformés en zones de non-droit.
Pour éradiquer cette nouvelle délinquance, ce responsable national a trouvé une «arme fatale». A savoir, la déportation de ces brigands vers des centres pénitenciers situés dans l’arrière-pays. Un premier groupe d’une quarantaine de «Kuluna» a été transféré vers la très redoutée prison souterraine de Buluo dans la province du Katanga et celles d’Ekafela et d’Angenga dans la province de l’Equateur. Une seconde fournée, composée de 48 hommes et 2 jeunes femmes, a été extraite de la prison centrale de Makala mardi 19 mai. Destination : Centre de détention d’Osio, à Kisangani, dans la Province Orientale.
Luzolo Bambi a promis des bosses et des plaies aux autres délinquants. Le ministre a, sans rire, invité les parents «à bien encadrer leurs enfants» tout en estimant que «la souffrance et la misère ne peuvent pas justifier» cette délinquance. Erreur.
La méthode choisie par ce ministre est compréhensible. Elle ne reste pas moins discutable. Compréhensible, pour la raison évidente que les pouvoirs publics ont pour mission première de promouvoir une vie collective harmonieuse. Une telle vie est inimaginable sans un minimum de sécurité pour les personnes et les biens.
Cette démarche est en revanche discutable pour la simple raison qu’on semble s’attaquer aux effets (la délinquance) en laissant de côté la cause de ce phénomène : la misère sociale. Luzolo Bambi effleure d’ailleurs cette problématique en parlant de «misère». Face à la précarité, le bâton ne peut suffir. L’Etat doit cerner l’état de nécessité à l’origine de cette déviance.
On ne le dit jamais assez que Kinshasa compte quasiment autant d’habitants que de sans-emplois. Selon les statistiques disponibles, la mégalopole congolaise enregistre à peine plus ou moins 100.000 emplois salariés. Le reste de la population vit de la débrouille que les Congolais désignent sous le nom de «Coop». Une contraction du mot «coopération».
N’est-il pas cynique de demander à un chef de famille rongé par l’impécuniosité «de bien encadrer» sa progéniture ? Peut-on attendre un comportement vertueux de la part d’un individu incapable de satisfaire ses besoins les plus élémentaires ? La vertu n’est-elle pas tributaire d’un minimum de bien-être?
Le phénomène «Kuluna» doit être combattu. Cependant, ce combat ne pourrait être efficace que dans la mesure où l’Etat aura l’humilité de reconnaître sa part de responsabilité dans l’absence d’une politique d’assistance sociale. L’absence d’une politique de solidarité nationale. De même, il y a urgence de promouvoir une véritable politique de formation professionnelle adaptée aux besoins du marché de l’emploi.
Dans le cas contraire, le ministre de la Justice a du boulot pour assainir la capitale.
Pour éradiquer cette nouvelle délinquance, ce responsable national a trouvé une «arme fatale». A savoir, la déportation de ces brigands vers des centres pénitenciers situés dans l’arrière-pays. Un premier groupe d’une quarantaine de «Kuluna» a été transféré vers la très redoutée prison souterraine de Buluo dans la province du Katanga et celles d’Ekafela et d’Angenga dans la province de l’Equateur. Une seconde fournée, composée de 48 hommes et 2 jeunes femmes, a été extraite de la prison centrale de Makala mardi 19 mai. Destination : Centre de détention d’Osio, à Kisangani, dans la Province Orientale.
Luzolo Bambi a promis des bosses et des plaies aux autres délinquants. Le ministre a, sans rire, invité les parents «à bien encadrer leurs enfants» tout en estimant que «la souffrance et la misère ne peuvent pas justifier» cette délinquance. Erreur.
La méthode choisie par ce ministre est compréhensible. Elle ne reste pas moins discutable. Compréhensible, pour la raison évidente que les pouvoirs publics ont pour mission première de promouvoir une vie collective harmonieuse. Une telle vie est inimaginable sans un minimum de sécurité pour les personnes et les biens.
Cette démarche est en revanche discutable pour la simple raison qu’on semble s’attaquer aux effets (la délinquance) en laissant de côté la cause de ce phénomène : la misère sociale. Luzolo Bambi effleure d’ailleurs cette problématique en parlant de «misère». Face à la précarité, le bâton ne peut suffir. L’Etat doit cerner l’état de nécessité à l’origine de cette déviance.
On ne le dit jamais assez que Kinshasa compte quasiment autant d’habitants que de sans-emplois. Selon les statistiques disponibles, la mégalopole congolaise enregistre à peine plus ou moins 100.000 emplois salariés. Le reste de la population vit de la débrouille que les Congolais désignent sous le nom de «Coop». Une contraction du mot «coopération».
N’est-il pas cynique de demander à un chef de famille rongé par l’impécuniosité «de bien encadrer» sa progéniture ? Peut-on attendre un comportement vertueux de la part d’un individu incapable de satisfaire ses besoins les plus élémentaires ? La vertu n’est-elle pas tributaire d’un minimum de bien-être?
Le phénomène «Kuluna» doit être combattu. Cependant, ce combat ne pourrait être efficace que dans la mesure où l’Etat aura l’humilité de reconnaître sa part de responsabilité dans l’absence d’une politique d’assistance sociale. L’absence d’une politique de solidarité nationale. De même, il y a urgence de promouvoir une véritable politique de formation professionnelle adaptée aux besoins du marché de l’emploi.
Dans le cas contraire, le ministre de la Justice a du boulot pour assainir la capitale.
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