MLC : Du rififi dans la province de l’Equateur
Elu vice-gouverneur de la province de l’Equateur dans un «ticket» avec José Makila sous le «label» MLC, Jean-Claude Baende Etafe Eliko a été radié de ce Mouvement. Il lui est reproché d’avoir créé son propre parti. L’intéressé clame n’avoir jamais adhéré à la formation politique chère à Jean-Pierre Bemba. Apparemment le contentieux est plus complexe. Unique province dirigée par l’opposition, l’Equateur est déstabilisée par un certain opportunisme politique. Certains milieux proches de la Présidence de la République semblent avoir compris l’avantage à tirer de ce personnel politique vénal. Sans conviction.
Analyse
C’est une dépêche de l’APA datée 4 août qui a annoncé que «le gouverneur intérimaire de la province de l’Equateur, Jean-Claude Baende, a été radié par les instances supérieures du Mouvement de libération du Congo, le 27 juillet dernier». L’information a été donnée initialement lundi 3 août par radio Okapi. Motif : Baende vient de créer un autre parti politique. "Les dirigeants du MLC savent que je n’ai jamais été au MLC et que je n’ai jamais signé un acte d’adhésion au MLC", fulminait l’intéressé qui met au défi quiconque d’administrer la preuve d’un acte d’adhésion revêtu de sa signature. Pour lui, il ne se sent nullement concerné par cette décision. Et toc !
Jusqu’à preuve du contraire, Jean-Claude Baende a sans doute raison d’affirmer qu’il n’a jamais signé un formulaire d’adhésion au MLC. Il reste que les archives de la CEI (Commission électorale indépendante) indiquent clairement qu’il a été élu vice-gouverneur de cette province dans un «ticket» avec le gouverneur José Makila Sumanda, sous les couleurs… du MLC. Il s’agit de la décision n°008 CEI/BUR/07 du 28 janvier 2007 portant annonce des résultats provisoires de l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs de provinces du 27 janvier 2007. On peut lire notamment : «Equateur : Makila Sumanda José ; Baende Etafe Eliko Jean-Claude – MLC ».
Les «orphelins» du chairman
«La victoire a plusieurs pères ; l’échec est un orphelin», disait John F. Kennedy. La province de l’Equateur est l’unique entité régionale de la RD Congo, sur onze, dirigée par l’opposition incarnée par le MLC. Le Bureau de l’Assemblée provinciale est composé à 80% par des parlementaires étiquetés MLC. Le gouvernement provincial, lui, ne compte que des personnalités de l’Union pour la Nation, ce cartel politique qui a soutenu le candidat Jean-Pierre Bemba au second tour de l’élection présidentielle de 2006.
Après la «victoire» de Joseph Kabila, ce beau monde est devenu «orphelin» à l’instar des membres et sympathisants de ce Mouvement éparpillés aux quatre coins du pays. Les affrontements armés, en mars 2007, entre la garde prétorienne de Joseph Kabila – appuyée par des troupes angolaises - et des soldats attachés à la sécurité rapprochée de Jean-Pierre Bemba n’ont rien arrangé. Bien au contraire. Cette guerre de basse intensité a été suivie par une chasse à l’homme contre des ressortissants de l’Equateur, accusés d’être des «partisans» du «chairman». Le 11 avril 2007 celui-ci prend le chemin de l’exil. Destination : le Portugal. Le 24 mai 2008, Bemba est arrêté à Bruxelles sur base d’un mandat d’arrêt international délivré pat la CPI (Cour pénale internationale). Cet événement avait suscité des manifestations violentes à Mbandaka. Une manière de rappeler que cette province demeurait encore le fief du MLC. Au fil du temps, la fidélité de certains «bembistes» est mise à rude épreuve. C’est le cas particulièrement à Kin.
Motion de censure
Bemba arrêté, la «tentation independantiste» a commencé à souffler dans le microcosme politique équatorien. Chacun pour soi, Dieu pour tous. Au lieu d’administrer son entité administrative en s’occupant des dossiers prioritaires touchant au bien-être de la population, le gouverneur Makila s’est empêtré dans la gestion. Il est accusé, à tort ou à raison, d’avoir détourné l’argent destiné à la paie du personnel enseignant. Suite à une motion de censure, il est «renversé». C’était au mois de janvier 2009.
Pendant ce temps, Jean-Claude Baende est désigné gouverneur intérimaire. La motion est toutefois annulée par un Arrêt rendu le 24 avril dernier par la Cour d’appel de Mbandaka. Le gouverneur est réhabilité. La Cour suprême de justice (CSJ) ne confirme pas cette dernière décision. Deux camps antagonistes se font désormais face. D’un côté, les «pro-Makila». De l’autre, les «pro-Baende». Ce dernier groupe prône une «ouverture» en direction du clan kabiliste. Le gouverneur Makila tente au cours du mois de mai de rejoindre sa juridiction. Sans succès. Sur ordre de la «haute hiérarchie» un fonctionnaire de la DGM (Direction générale des migrations), l’empêché de prendre le vol à destination de Mbandaka. Un excès de pouvoir inqualifiable autant qu’une atteinte à la liberté d’aller et de venir. C’est la fin de l’histoire pour Makila. L’opposition a ainsi raté une occasion en or de démontrer – à travers l’unique province placée sous son autorité - son sens de responsabilité et son expertise dans la gestion des affaires publiques.
«La haute hiérarchie»
Dès ce moment, il est apparu que le «raïs» soufflait sur les braises pour attiser le feu du chaos politique prévalant dans cette région. A preuve, le 28 mai, le directeur du cabinet présidentiel écrit au président de la CEI (Commission électorale indépendante), Apollinaire Muhongolu Malu Malu, en lui demandant de procéder à la réorganisation de l’élection du gouverneur à l’Equateur «pour mettre fin à la crise». Embarrassé, le président de la CEI répond que son institution n’a jamais reçu notification de l’arrêt de la CSJ déboutant Makila.
Dans les entrefaites, les partisans du gouverneur intérimaire organisent, à Basankusu, une «marche de soutien» en faveur …de Joseph Kabila. Quelques heures auparavant la résidence d’une députée provinciale MLC a été mise à sac. Au motif que cette parlementaire aurait tenu des «propos offensants» à l’endroit du «raïs» sur les ondes d’une radio appartenant au MLC. Ce média est fermé illico presto.
Députés acquis au changement
Le 11 juin de l’an en cours un groupe de députés provinciaux «acquis au changement» publie une déclaration reprise complaisamment par MMC, la branche éditoriale du site «Digitalcongo.net», un média bien connu pour sa proximité avec le «clan Kabila». Que lit-on ? «Nous, députés provinciaux de l’Equateur acquis au changement (…) constatons l’impérieuse nécessité de revenir de nouveau au devant de la scène médiatique (…) pour livrer à l’opinion la vraie version de la situation (…).». Le groupe annonce les couleurs : «(…), depuis la fin du mois de janvier 2009, la province est dirigée par un gouverneur intérimaire en la personne de Jean-Claude Baende, ancien vice-gouverneur de M. José makila Sumanda. Que constatons-nous ? 1. La rétrocession en faveur des entités territoriales décentralisées est régulièrement envoyée. 2. L’Equateur en général et Mbandaka en particulier sont transformés en un vaste chantier (…).» Et de poursuivre : «L’Equateur, qui est une province parmi les onze que compte la RDC, ne doit (…) se réduire en un espace géographique propriété d’un parti politique. Certes, le Bureau de l’assemblée provinciale est à 80% composé des membres du MLC et que l’exécutif provincial ne contient que des membres du l’Union pour la Nation ; cette situation ne doit en rien être considérée par d’aucuns comme exceptionnelle pour que l’Equateur dans son entièreté s’érige en province d’opposition permanente face au pouvoir central en place (…).»
Les députés de conclure : «L’Equateur a participé à l’élection du président de la République. Même si le score du président de la République en fonction n’a pas été meilleur, mais le fait pour sa population d’avoir pris part au scrutin, conduit forcément à reconnaître et à accepter le résultat de celui-ci. Le président élu est aussi le président de l’Equateur (…). Alors pourquoi certaines personnes s’insurgent-elles sur l’accueil dont le président de la République a bénéficié à Mbandaka, allant jusqu’à insinuer que la province serait vendue au président Kabila ? (…). » «Nous rassurons l’opinion que l’Equateur est entré dans une phase effective de reconstruction (…). Aucune personne n’est ni indispensable ni inamovible. (…).»
L’inconstance du personnel politique "équatorien" donne à l’AMP (Alliance de la majorité présidentielle) l’occasion de faire main basse sur l’unique bastion de l’opposition. C’est dommage!