Memorendum de Mgr Mosegwo à Joseph KABILA

Publié le par Kayembe

Monsieur le Président de la République,

Je tiens en liminaire à vous remercier cordialement pour avoir eu l’amabilité de m’accorder la présente audience. En la demandant, je souhaitais vivement vous entretenir de certains problèmes qui semblent revêtir, à mes yeux de pasteur, une importance pour notre pays et son peuple en général et la population de Kinshasa en particulier.

1° Au plan social

Il va sans dire que les premiers problèmes qui me viennent à l’esprit concernent le social :

- les salaires des fonctionnaires en général et ceux des enseignants méritent une attention particulière autant pour ce qui est de leur rapport avec le coût actuel de la vie qu’en ce qui concerne l’application de la Loi sur le SMIG : le comportement de l’Etat en la matière pourra davantage motiver les autres employeurs. Le retard du paiement des salaires crée un climat malsain au plan social.

- la perception des différents impôts, chose en soi louable et légale, devrait éviter le cumul d’un grand nombre de taxes au point de grever le budget de gagne-petits (nouveaux passeports, vignettes, nouvelles plaques minéralogiques, taxe aéroportuaire, taxe d’occupation parcellaire, impôt sur le revenu locatif…) ;

- l’insalubrité publique n’est pas de nature à rassurer la population : il s’avère urgent de résoudre rapidement les problèmes relatifs à la voirie urbaine. Le réseau des égouts de la Ville de Kinshasa mérite une attention particulière car les pluies diluviennes connues ces derniers temps ont constitué une menace réelle pour les vies humaines autant que pour le trafic urbain ;


- l’érosion galopante dans plusieurs quartiers de la ville devient préoccupante surtout lorsqu’on considère les éboulements potentiels (comme celle connue récemment à Selembao) qui causeront de pertes en vies humaines et en biens matériels. L’Archidiocèse craint que bientôt la paroisse Saint du Sacrement ne connaisse un tel sort ;

- Enfin la circulation automobile dans la Ville de Kinshasa devient chaotique. Il est impérieux que les travaux initiés pour améliorer l’état des routes soient accélérés et planifiés pour trouver une issue à ce problème. Celui-ci doit être examiné et affronté eu égard à l’expansion de la ville et à sa croissance démographique.

2° Au plan politique

Kinshasa est le siège des institutions nationales du pays. Les gouvernants et les corps constitués sont dès lors comme une ville placée sur la montagne (Mt 5,14). Il est hautement souhaitable que les mœurs politiques soient de nature à donner à la population l’exemple d’un Etat de droit où règnent l’excellence, l’intégrité et l’honnêteté, la justice, la tolérance, le respect des droits humains. Tout relent de corruption et de médiocrité devrait être banni au sein de nos institutions.

3° Au plan sécuritaire

Le phénomène appelé « KULUNA » ou violence dans les quartiers et la consommation des drogues (supu na tolo) doivent être combattus par tous les moyens pour assurer la paix, la tranquillité et la sécurité de la population.

4° Sécurité des biens

L’Archidiocèse de Kinshasa vient protester vigoureusement contre une tendance qui s’installe dans la ville et qui consiste à se munir des faux papiers aux fins de s’emparer des biens de l’Eglise catholique, dont chacun sait pourtant qu’ils sont destinés à des œuvres d’intérêt public (écoles, hôpitaux, églises ou lieux de culte, centres de réhabilitation). Cette situation est d’autant plus insupportable que l’Eglise détient en bonne et due forme les titres de propriétés. La population connaît les mêmes ennuis.

5° Au plan démocratique

Le Congo ne connaîtra jamais un développement durable tant que l’Etat et le peuple n’auront pas relevé le défi de la démocratie qui comporte la participation du peuple à la gestion des institutions dûment élues, le respect rigoureux de la loi et des droits humains, la liberté d’expression avec notamment un débat ouvert sur les valeurs de société, la tolérance, la séparation des pouvoirs avec leur contrôle réciproque interne et externe.

6° Avant de terminer, nous insistons encore une fois sur le fait que l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale ne sont pas négociables ; ce qui implique l’existence dans notre pays d’une véritable armée républicaine.

Je remercie encore le Chef de l’Etat de m’avoir accueilli et je serai heureux si l’on conclut rapidement les dossiers en souffrance et plusieurs fois exposés au Chef de l’Etat : rétrocession des biens de l’Eglise étatisés à partir de 1971, paiement des créances bloquées depuis quatorze ans.

 

Fait à Kinshasa, le 27 mai 2009

 

 

+ L. MONSENGWO PASINYA
Archevêque de Kinshasa

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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C.c. à S.E. Monsieur Adolphe MUZITO
Premier Ministre de la RDCongo

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