Monuc : Le Conseil de sécurité sévère

Publié le par libre belgique

Volée de bois vert pour la Monuc et reproches implicites à Kinshasa.
Le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté le 23 décembre une résolution (n° 1906) sur le Congo, dont les considérations constituent une volée de bois vert pour la Monuc (Mission de l’ONU au Congo) bien qu’elle exprime dès l’abord "son soutien sans réserve" à celle-ci. Le texte, de neuf pages, comporte aussi de nombreux reproches implicites à l’égard de Kinshasa. Accessoirement, on remarquera que le Conseil de sécurité a, sur le Congo, des positions proches de celles exprimées par le commissaire au Développement, Karel De Gucht, et le parlement européen.

Les autorités congolaises avaient dit aux ambassadeurs en poste à Kinshasa : ou bien la Monuc soutient l’armée congolaise dans ses opérations contre les FDLR (rebelles hutus rwandais à l’est du Congo) et la LRA (rébellion ougandaise sévissant au nord-est du Congo), ou bien elle n’a aucune raison d’être au Congo. En outre, Kinshasa avait demandé à la Monuc un calendrier de son retrait. Le Conseil de sécurité répond sèchement en rappelant que la situation au Congo "continue de menacer la paix et la sécurité internationales de la région"; en prolongeant pour cinq mois le mandat de la Monuc; en précisant que s’il "compte envisager dans la résolution suivante de réexaminer et d’ajuster le mandat de la Mission" après discussion avec Kinshasa, il faudra tenir compte, "en particulier" des "tâches essentielles dont (la Monuc) doit s’acquitter avant d’envisager un retrait progressif sans provoquer une résurgence de l’instabilité".

La résolution ne manque cependant pas de critiques implicites de la Monuc. Celle-ci "aura pour mandat" et "dans cet ordre de priorité", d’ "assurer la protection des civils" et des personnels humanitaires et onusien; de "renforcer" ses activités de désarmement, démobilisation et réintégration des groupes armés étrangers et congolais; d’"appuyer la réforme du secteur de sécurité"; d’utiliser pour tout cela "tous les moyens nécessaires".

Le texte "encourage" la Monuc "à entretenir des rapports plus étroits avec la population civile" (NdlR : qui ne l’aime pas parce qu’elle ne se sent pas défendue par elle) et "souligne" qu’elle "doit [ ] engager toute action nécessaire pour empêcher les attaques de civils et désorganiser les capacités militaires" des guérillas.

Le Conseil "réitère" à la Monuc que ses officiers doivent "confirmer, avant de fournir tout appui aux opérations (militaires avec l’armée congolaise) qu’une planification conjointe suffisante a été assurée, notamment en matière de protection des populations civiles". Et de demander aux casques bleus "de ne plus appuyer ces unités" de l’armée congolaise qui sont, de manière persistante, "soupçonnées de violations grave des droits" de l’homme. La Monuc doit aussi "dispenser une formation militaire, y compris dans le domaine des droits de l’homme" à l’armée congolaise.

Volée de bois vert également à destination de Kinshasa. L e Conseil de sécurité "exige" du gouvernement de Kinshasa "qu’il prenne immédiatement" les "mesures voulues pour protéger les civils [ ] notamment les actes de violence sexuelles et sexistes commis par des éléments des Forces armées" et qu’il lance "des enquêtes approfondie" en la matière avec la Monuc.

New York "encourage" le gouvernement congolais "à constituer une armée de base pluriethnique dont les antécédents auront été soigneusement vérifiés et dont il déterminera la taille, la composition et la structure, avec l’appui de la Monuc, en vue de renforcer la capacité, la discipline et le professsionalisme des FARDC" (l’armée congolaise). Le texte "demande à nouveau aux autorités congolaises de mettre en place, avec l’aide de la Monuc, un mécanisme de sélection efficace, conformément aux normes internationales, pour les FARDC et les forces de sécurité nationales, de manière à exclure tous les candidats qui auraient commis des violations du droit international humanitaire et des violations des droits de l’homme" et à les poursuivre en justice. A cet égard, le gouvernement congolais est "engagé" à "faire adopter au plus vite par le parlement une loi sur la réforme des FARDC, le Conseil supérieur de la défense" et "la police, mais aussi à veiller à leur application progressive".

Enfin, le gouvernement de Kinshasa est "prié" par le Conseil de sécurité , avec "l’appui de la Monuc et des autres partenaires internationaux, d’assurer des conditions de service correctes au FARDC" notoirement sous-payées et souvent non payées durant plusieurs mois de suite, ce qui les pousse à se nourrir sur le dos de la population.



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